Perspectives

Le plan de Biden pour une «paix» par le biais de la guerre et du génocide

Le président Joe Biden est accueilli par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou alors qu’il vient d’arriver à l'aéroport international Ben Gourion, le mercredi 18 octobre 2023, à Tel-Aviv. [AP Photo/Evan Vucci]

Samedi, le Washington Post a publié une tribune du président américain Joe Biden où celui-ci explique que le soutien des États-Unis au génocide israélien à Gaza fait partie d’un plan intégré de domination mondiale à travers la violence militaire.

Intitulé «Les États-Unis ne reculeront pas devant le défi de Poutine et du Hamas», l’article de Joe Biden est un assemblage de formules sans lien logique et de phrases creuses. Mais son contenu essentiel est un argument mégalomane disant que tout effort visant à mettre fin au massacre à Gaza ou en Ukraine par le biais d’un cessez-le-feu signifierait renoncer à l’hégémonie mondiale de l’Amérique.

En Ukraine, le gouvernement mandataire des États-Unis à Kiev est confronté à une débâcle militaire et à l’extension des manifestations anti-guerre dans tout le pays pour exiger le retour des soldats du front. Le génocide israélien à Gaza, qui a tué au moins 11.000 Palestiniens et en a déplacé 1,5 million, a suscité des manifestations anti-guerre massives dans le monde entier, auxquelles ont participé des millions de gens.

L’article de Joe Biden devrait donner le coup de grâce à toute affirmation que l’absence d’appel à un cessez-le-feu à Gaza de la part des États-Unis est une erreur ou un malentendu. Les États-Unis considèrent au contraire que l’écrasement de la résistance du peuple palestinien est essentiel à leur stratégie mondiale. Biden écrit:

Tant que le Hamas s'accroche à son idéologie de destruction, un cessez-le-feu n'est pas la paix. Pour les membres du Hamas, chaque cessez-le-feu c’est du temps qu'ils exploitent pour reconstituer leur stock de roquettes, repositionner les combattants et recommencer à tuer en attaquant à nouveau des innocents. Une issue qui laisserait le Hamas contrôler Gaza perpétuerait une fois de plus sa haine.

Dans la vision du monde de Biden, la condition préalable à la «paix» est une capitulation totale des Palestiniens. S’il parle du Hamas, ce qu’il veut vraiment dire c’est que tant que les Palestiniens croiront qu’il est possible de résister à une force d’occupation qui les a dépossédés de leur terre et l’occupe illégalement, l’impérialisme américain poursuivra ses efforts pour armer Israël et bombarder les Palestiniens jusqu’à ce qu’ils se soumettent.

La logique de l’argument de Biden est un état de guerre génocidaire permanent, jusqu’à ce que le dernier Palestinien soit tué ou expulsé de Gaza et de la Cisjordanie. La devise de Biden est le slogan orwellien: «la guerre, c’est la paix».

Après avoir déclaré sans détours le soutien total des États-Unis à Israël, Biden ajoute, avec une hypocrisie impérialiste consommée: «Il ne doit pas y avoir de déplacement forcé des Palestiniens de Gaza, pas de réoccupation, pas de siège ou de blocus, et pas de réduction de territoire».

Comme chacun sait, c’est précisément ce que fait le gouvernement israélien. Les responsables israéliens ont clairement indiqué que leur objectif était, selon les termes du ministre israélien de l’Agriculture, la «Nakba 2023» ou, comme l’a dit le vice-ministre des Affaires étrangères Danny Ayalon, d’expulser la population palestinienne vers des «villes de tentes» dans le désert du Sinaï. Quant au «siège ou blocus», il est déjà en cours, avec le soutien du gouvernement Biden.

L’ensemble de la population de Gaza a été soumise à la faim, à la déshydratation et à l’effondrement total des soins médicaux. Les habitants du nord de la bande de Gaza, qui avaient reçu l’ordre de fuir ou d’affronter la mort, se voient une fois de plus demander de se déplacer plus au sud. Et après chaque atrocité commise par Israël, les États-Unis déclarent: «Israël a le droit de se défendre».

L’argument de Biden intègre le soutien au génocide israélien à une reprise de la «théorie des dominos» de l’époque de la guerre froide. Si les États-Unis relâchent leurs efforts pour bombarder les Palestiniens, l’hégémonie américaine s’effondrera. Il déclare: «Aujourd’hui, le monde est confronté à un point d’inflexion, où les choix que nous faisons — y compris dans les crises en Europe et au Moyen-Orient — détermineront l’orientation de notre avenir pour les générations à venir».

Il conclut ainsi: «Poutine et le Hamas espèrent tous deux faire s’effondrer la stabilité et l’intégration régionales et tirer parti du désordre qui en résultera. L’Amérique ne peut pas laisser faire cela et ne le laissera pas faire. Pour notre propre sécurité nationale et pour le bien du monde entier».

Dans la vision du monde de Biden, les «intérêts de sécurité nationale» des États-Unis — c’est-à-dire la domination de l’impérialisme américain sur la planète — sont synonymes du «bien du monde entier».

«L’Amérique, y compris les États-Unis, c’est la nation essentielle…», écrit-il. Lorsque la classe dirigeante américaine parle du caractère «essentiel» des États-Unis, elle veut dire que ses intérêts doivent déterminer la politique du monde entier. Les événements du mois dernier ont cependant démontré que l’impérialisme américain n’est «essentiel» que pour répandre la mort et la destruction.

Il y a un contenu rationnel à ce mélange de folie, d’auto-illusion et de mensonges. L’argument de Biden est que, à moins que les États-Unis n’intensifient impitoyablement les guerres dans le monde entier — au Moyen-Orient, contre la Russie, contre la Chine — leur hégémonie mondiale s’effondrera. L’Amérique, selon Biden, est confrontée à deux alternatives: la guerre ou la ruine.

Cette politique de conquête du monde est l’expression d’une société qui est dans une crise profonde. En 1960, la part des États-Unis dans le PIB mondial s’élevait à près de 40 pour cent. Aujourd’hui, elle n’est plus que de 26 pour cent. Biden indique clairement que si le capitalisme américain ne tire parti de sa suprématie militaire, l’hégémonie mondiale de l’impérialisme américain continuera de s’éroder.

IL déclare: «Allons-nous permettre à ceux qui ne partagent pas nos valeurs d’entraîner le monde dans une situation encore plus dangereuse et plus divisée? Et quelles sont «nos valeurs ?»

Comment Biden peut-il prétendre lutter pour la «démocratie» aux côtés de Zelensky qui vient d’annuler les élections et de Netanyahou dont l’action vise à transformer Israël en théocratie? Comment les États-Unis peuvent-ils prétendre défendre le «droit international» alors que les principaux groupes de défense des droits de l’homme ont condamné Israël parce qu’il perpétrait un génocide?

En fait, Biden n’a qu’une seule «valeur», celle du dollar. En soutenant le génocide à Gaza, les États-Unis montrent clairement au monde entier qu’ils sont prêts à tout, y compris au meurtre de masse, pour assurer leur domination mondiale.

Mais l’implication la plus sinistre du discours de Biden est ce qu’il dit implicitement au sujet de l’opposition politique intérieure.

Que signifie le fait de dire que «chaque cessez-le-feu est le temps qu’ils [le Hamas] exploitent pour reconstituer leur stock de roquettes, repositionner leurs combattants et recommencer à tuer en attaquant à nouveau des innocents»? Cela n’implique-t-il pas que ceux qui sont en faveur d’une résolution pacifique de la guerre sont, en fait, des partisans du terrorisme?

Si les États-Unis sont prêts à recourir à tous les moyens, aussi criminels soient-ils, pour assurer leur hégémonie mondiale à l’étranger, ils répondront avec la même implacabilité aux ennemis internes du militarisme américain.

Cette réalité montre clairement que la lutte contre la guerre impérialiste est, en fait, la lutte contre l’oligarchie financière qui domine la société américaine. Les manifestations mondiales de masse qui ont éclaté dans le monde entier doivent être élargies, approfondies et tournées vers la classe ouvrière, sur la base de la perspective socialiste de mettre fin au système capitaliste.

(Article paru en anglais le 18 novembre 2023)

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