Le Parlement britannique rejette un cessez-le-feu à Gaza: pour un mouvement anti-guerre basé sur la classe ouvrière !

Le rejet massif par le Parlement britannique le 15 novembre d'un cessez-le-feu à Gaza confirme qu'il n'est pas possible de mettre un terme à la guerre en faisant appel au gouvernement conservateur ou à l'opposition travailliste.

C’était la première fois qu’un vote avait lieu sur la question de l’assaut génocidaire lancé par Israël contre Gaza. La réponse à la motion du Parti national écossais (SNP) appelant à un cessez-le-feu a été un « non » retentissant, avec 293 voix contre et 125 pour. Il n’y eut pas même besoin pour rejeter cette motion des très nombreux absents au scrutin parmi les 350 députés conservateurs.

Après cinq semaines de massacres de civils, près des trois quarts (142) des députés travaillistes ont suivi l'ordre du chef du parti Sir Keir Starmer de s’abstenir, apportant ainsi leur soutien au gouvernement conservateur et à Israël. Seuls 56 députés travaillistes ont voté pour un cessez-le-feu.

Sir Keir Starmer, le dirigeant travailliste britannique, prononce son discours lors de la conférence annuelle du parti à Liverpool, en Angleterre, le 27 septembre 2022 [AP Photo/Jon Super]

La motion était elle-même une capitulation devant les prétentions de «légitime défense» et de «guerre juste» d'Israël. Commençant par la condamnation rituelle du Hamas, elle évitait d’accuser Israël de génocide, de nettoyage ethnique et de crimes de guerre – appelant seulement le gouvernement à «respecter le droit international» et à «se joindre à la communauté internationale pour faire pression de toute urgence sur toutes les parties afin qu’elles acceptent un cessez-le-feu immédiat».

Lorsqu'il s'agissait de soutenir l'Ukraine contre la Russie dans une guerre menée de fait par l'OTAN, les députés ayant voté en faveur d'un cessez-le-feu le 15 novembre étaient prêts à soutenir la fourniture d'armes aux forces d'extrême droite de l'armée ukrainienne, des sanctions destinées à paralyser l'économie russe et à exiger que Poutine et ses principaux responsables soient jugés pour crimes de guerre. Mais leur réponse à la campagne génocidaire d’Israël est une demande polie adressée aux fascistes du cabinet de guerre de Benjamin Netanyahou de ne pas aller trop loin.

Aucun des députés travaillistes ayant défié les ordres de Starmer lors du vote n'a l'intention de rompre avec le Parti travailliste ou de mener une quelconque lutte contre sa majorité pro-génocide. Dans leur grande majorité, ils étaient préoccupés à sauver leurs chances d’être réélus aux prochaines élections législatives.

L’ancienne députée de l’équipe ministérielle de Starmer Jess Phillips, une blairiste endurcie, est la figure de proue appropriée incarnant cette piètre rébellion.

Élue dans une circonscription composée à 20 pour cent de musulmans, Phillips a déclaré à la BBC: «Je n'ai pas l'impression de me rebeller contre le Parti travailliste […] Il n'y a aucune animosité entre moi et Keir Starmer. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir chaque jour pour assurer une victoire travailliste ».

Les députés travaillistes du Socialist Campaign Group (Groupe de campagne socialiste – SCG) n’ont pas non plus l’intention de défier la direction du parti. Ils agissent comme une couverture de gauche pour un parti véhémentement de droite et pro-guerre, ne mèneront jamais de lutte politique contre Starmer et encore moins rompront avec ce cloaque politique.

Après avoir passé cinq ans à la tête du Parti travailliste, Jeremy Corbyn et ses alliés du SCG ont remis sans broncher le parti aux mains des blairistes. Le parti est désormais plus à droite que lorsque Corbyn a été élu, au point que son croupion «de gauche» ne peut susciter qu’une rébellion bien moindre contre Starmer que celle subie par Tony Blair à propos de l’Irak en 2003, où 139 députés travaillistes avaient défié la direction du parti.

Corbyn a passé son temps à la tête du parti à empêcher tout règlement de comptes avec les blairistes tout en autorisant le soutien du parti travailliste à l'OTAN, aux armes nucléaires et à l'intervention militaire contre la Syrie. En refusant de prendre la défense de ses plus proches alliés faussement accusés d’antisémitisme, il a jeté les bases de la chasse aux sorcières maccarthyste lancée contre les opposants au massacre sanglant des Palestiniens aux mains du sionisme.

Il continue de jouer le même rôle aujourd’hui, même après que Starmer l'ait expulsé du parti parlementaire et empêché de se présenter à nouveau comme député travailliste.

Lors de la manifestation nationale du samedi 11 novembre, Corbyn n’a encore une fois pas mentionné Starmer nommément, disant simplement aux centaines de milliers de personnes rassemblées d’«envoyer un e-mail à votre député […] et de leur dire simplement: ‘Un cessez-le-feu maintenant à Gaza sauverait des milliers de vies’».

Jeremy Corbyn s'exprimant lors du rassemblement du 11 novembre à Londres

Sans une lutte contre le gouvernement conservateur et ses partenaires travaillistes dans le crime, de tels appels à un cessez-le-feu ne sont que des mots vides de sens.

Le SEP (Parti de l’égalité socialiste) lance cet appel aux travailleurs et aux jeunes qui ont mené semaine après semaine une lutte déterminée pour défendre les Palestiniens: les massacres à Gaza ne peuvent être stoppés par des appels au Parlement ou des efforts pour faire pression sur le Parti travailliste. Conservateurs et travaillistes agissent comme un parti unifié du nettoyage ethnique, du génocide et de la guerre impérialiste.

Défendre les Palestiniens et vaincre le complot criminel ourdi par Israël, la Grande-Bretagne et les États-Unis exige la mobilisation de la classe ouvrière en Grande-Bretagne et au plan international contre tous les gouvernements et partis politiques de la classe dirigeante. La classe ouvrière peut mettre fin à l'assaut d'Israël sur Gaza en rendant impossible sa conduite, en arrêtant la production et l'expédition d'armes ou tout soutien matériel à l'armée israélienne. Les grèves et les blocus peuvent paralyser la dynamique de guerre et créer les conditions d’une grève politique générale contre la guerre, susceptible de faire tomber les conservateurs.

Rien de tout cela ne peut se faire sans rébellion contre les dirigeants des syndicats, dont les discours pieux aux manifestations de masse en faveur d'un cessez-le-feu cachent le refus de mobiliser leurs membres contre la guerre.

Les organisateurs des manifestations, la Coalition Stop the War (Halte à la Guerre) et la Campagne de solidarité avec la Palestine, cachent ces vérités politiques fondamentales. Ils donnent aux députés travaillistes et aux dirigeants syndicaux la possibilité de se présenter, sans la moindre contestation, comme les alliés les plus importants des Palestiniens et les dirigeants du mouvement anti-guerre.

Mick Lynch et Eddie Dempsey du syndicat RMT (Rail, Mer, Transport) en ont été les exemples les plus offensants ; ils ont parlé en faveur d'un cessez-le-feu tout en défendant la participation de leurs propres membres à la force navale de l'impérialisme britannique, envoyée pour soutenir Israël. Dempsey a même eu le culot de dire que cette «flotte auxiliaire de la Royal Navy» était là pour «aider les populations civiles» et était la preuve du souci particulier du RMT pour la paix.

Il n'y a pas de temps à perdre. Des centaines de Palestiniens sont massacrés chaque jour, tandis que les États-Unis préparent une attaque contre l’Iran qui ouvrira au Moyen-Orient un front dans l’escalade d’une guerre qui cible la Russie et la Chine. Pendant ce temps, les gouvernements impérialistes préparent une répression brutale contre les opposants à leur sale guerre à l’intérieur, le Premier ministre Rishi Sunak discutant avec la police de mesures d'arrestations massives et d'interdiction de manifestations.

La nouvelle direction du mouvement anti-guerre doit être une direction socialiste. Le mouvement mondial s’opposant à l’assaut contre Gaza, qui rassemble des millions de gens dans les rues du monde entier, représente une première éruption de sentiments antifascistes, anti-impérialistes et anticapitalistes de masse. Cela constitue la base d’une vaste renaissance des idées socialistes et des traditions de lutte internationale des classes, dont la révolution d’Octobre en 1917 a prouvé qu’elles étaient le seul moyen de mettre fin à la guerre.

Le Parti de l’égalité socialiste et le Comité international de la Quatrième Internationale, le parti mondial fondé par Léon Trotsky, luttent pour construire un mouvement socialiste anti-guerre de masse et la nouvelle direction révolutionnaire nécessaire à la victoire.

(Article paru en anglais le 17 novembre 2023)

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