Les syndicats allemands soutiennent le génocide israélien à Gaza

L'appel lancé la semaine dernière par le World Socialist Web Site à mobiliser la classe ouvrière contre les bombardements et le génocide à Gaza déclare: « La lutte contre le génocide israélien à Gaza exige que les travailleurs se libèrent de la bureaucratie syndicale pro-impérialiste. »

En Allemagne, les travailleurs peuvent voir actuellement combien cela est important. Le gouvernement d'extrême droite de Netanyahou ne pourrait pas perpétrer son génocide brutal contre les Palestiniens sans le soutien du gouvernement allemand, et le gouvernement allemand ne pourrait pas maintenir ce soutien sans l'étroite coopération du Deutsche Gewerkschaftsbund (DGB, Confédération allemande des syndicats) et les directions de tous les syndicats. Les syndicats sont ainsi directement impliqués dans les pires crimes de guerre.

Photo de groupe des dirigeants des divers syndicats de branche [Photo by DGB]

Alors que l’armée israélienne bombardait déjà la bande de Gaza depuis plusieurs jours, attaquant les hôpitaux, les écoles et les quartiers palestiniens et tuant des milliers de civils, et alors que des manifestations s’y opposant avaient lieu dans de nombreuses villes, les syndicats allemands ont déclaré leur solidarité avec Israël. La direction fédérale du DGB s'est réunie pour une photo de groupe et, en collaboration avec la Confédération des associations patronales allemandes (BDA), a appelé à une manifestation devant la porte de Brandebourg.

Dans une lettre adressée à Arnon Bar-David, président de la fédération syndicale israélienne Histadrut, le comité exécutif fédéral du DGB a déclaré sa «profonde solidarité avec Israël face aux attaques brutales du Hamas». La lettre dénonçait les manifestations mondiales contre les bombardements israéliens, affirmant que les derniers jours avaient montré clairement «à quel point l’antisémitisme est profondément ancré dans la société mondiale. [N]ous sommes choqués et troublés par la brutalité avec laquelle l'antisémitisme est redevenu actif, même ici en Allemagne ».

La lettre se termine en déclarant qu’Israël était confronté à une «situation difficile» et que «nous sommes heureux que notre gouvernement ait réagi rapidement» et « assuré à Israël un soutien sans réserve».

L'étroite collaboration des syndicats avec le gouvernement allemand ne pourrait guère être dite plus clairement. Il faut préciser que l'organisation syndicale israélienne Histadrut est étroitement liée à l’État israélien et à l’armée israélienne.

Outre les syndicats du DGB et les associations patronales BDA et BDI, tous les partis du Bundestag (parlement fédéral) – à part l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) d'extrême droite – les Églises protestante et catholique, l’Association juive-allemande et de nombreuses autres organisations ont répondu présent à l'appel au rassemblement devant la porte de Brandebourg le 22 octobre. Le Parti de gauche a annoncé maintes fois son soutien à la guerre. Il a signé non seulement en tant que parti, mais encore au nom de sa Fondation Rosa Luxembourg.

L'événement a servi à justifier le génocide à Gaza, à intimider et à criminaliser ceux qui défendent les Palestiniens et à accélérer le réarmement de l'Allemagne.

Selon l’appel, Israël n’avait «jamais» été soumis à une telle «violence et brutalité inhumaines». L’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre ne « pouvait être justifiée par rien». Pas un mot sur l’expulsion brutale des Palestiniens lors de la fondation de l’État d’Israël, il y a 75 ans. Pas un mot sur la terreur qui sévit depuis des décennies dans les territoires occupés par Israël et qui n’a cessé de s’intensifier ces derniers temps.

Le droit international avait donné à «Israël le droit à la légitime défense de son existence», poursuit l’appel. Comme si le bombardements de quartiers d’habitation, qui ont fait des milliers de morts, en majorité des femmes et des enfants, avaient quoi que ce soit à voir avec la légitime défense.

L’appel prévient qu’il existe une menace d’élargissement du conflit «par l’Iran et le Hezbollah qu’il soutient». En réalité, les États-Unis ont envoyé deux porte-avions avec des milliers de soldats dans la région immédiatement après le début des bombardements et se préparent systématiquement à une guerre contre l’Iran. Le gouvernement allemand est également directement impliqué dans les livraisons d’armes et le déploiement de soldats de la Bundeswehr dans les régions frontalières.

Bien que les partis politiques, les syndicats, les organisations d'employeurs, les églises et bien d'autres aient appelé à un rassemblement pro-israélien, seuls quelques milliers de personnes ont assisté à l'événement à la porte de Brandebourg. Le week-end suivant, dix fois plus de personnes ont participé aux manifestations de soutien aux Palestiniens dans plusieurs villes.

De plus en plus de travailleurs s’opposent à la politique pro-guerre du gouvernement allemand et comprennent le lien direct qui existe entre d'une part le réarmement militaire, le soutien aux guerres en Ukraine et à Gaza et le démantèlement des droits démocratiques, et d’autre part les conséquences sociales drastiques, les coupes des dépenses sociales et la baisse des salaires réels, ainsi que les grèves et manifestations qui prolifèrent.

La direction du DGB réagit à cette pression grandissante en se liant encore plus étroitement au gouvernement et en réprimant encore plus vigoureusement tout mouvement indépendant dans les usines et les bureaux. Il faut empêcher jusqu’à la pensée critique et à la discussion. Le DGB-Jeunesse a ainsi invité les gens à un événement en ligne sur la guerre à Gaza et annoncé en même temps qu’il appliquerait strictement son droit d’en expulser les gens et y supprimerait toute forme «d’antisémitisme» – c’est-à-dire toute critique des actions du gouvernement Netanyahou et du génocide.

IG Metall est le plus grand syndicat du DGB et joue un rôle clé dans le développement actuel de la guerre. Il agit comme lobbyiste pour obtenir des financements publics et des contrats lucratifs pour les entreprises d'armement allemandes. Dans le même temps, il déploie son vaste appareil de représentants à plein temps des comités d’entreprise et de délégués syndicaux comme police d’entreprise pour réprimer toute résistance.

Mardi dernier, le vice-président d'IG Metall Jürgen Kerner a appelé à davantage de contrats de défense pour l'industrie allemande. S'exprimant lors d'une journée d'action d'Airbus à Taufkirchen, près de Munich, Kerner a déclaré: «Avec l'achat d'avions de combat et d'hélicoptères aux États-Unis, l'industrie aéronautique militaire en Allemagne risque de s'effondrer.»

Il a salué le « fonds spécial» de 100 milliards d'euros pour la modernisation de la Bundeswehr [armée allemande] dont 40 milliards d'euros sont destinés à l'armée de l'air. Mais il était inacceptable «que l'argent des contribuables aille aux États-Unis», s’est-il lamenté. Le gouvernement avait commandé 35 avions de combat F-35 à Lockheed Martin et d'autres achats étaient en cours, « mais la question de savoir si l'Eurofighter (avion de combat européen) sera encore développé personne n’en sait rien. » L'hélicoptère européen Tigre était menacé d'être retiré du service en Allemagne. Le nouvel hélicoptère de transport serait acheté à Boeing, et on avait déjà discuté l'achat de l'hélicoptère de combat américain Apache.

Il devient de plus en plus clair que les gouvernements américain et allemand utilisent le génocide de Gaza comme prélude à une guerre totale contre l’Iran et d’autres États du Moyen-Orient. La guerre par procuration contre la Russie en Ukraine risque de voir émerger un deuxième front dans une bataille pour l’hégémonie mondiale qui dégénère en troisième guerre mondiale.

Cette troisième guerre mondiale prend la forme d’une guerre mondiale contre la classe ouvrière. Il est donc vital de briser le carcan des appareils syndicaux pour associer la lutte pour les salaires et la défense des acquis sociaux à la lutte contre le gouvernement, le réarmement et la guerre.

C’est pourquoi la création de comités d’action de la base indépendants est si importante et urgente. Les dockers de Hambourg et de Bremerhaven, les travailleurs de l'aéroport militaire de Cologne-Wahn, les travailleurs de l'industrie de l'armement et des transports, mais aussi les ceux de toutes les autres entreprises doivent préparer des manifestations et des grèves pour bloquer la production et le transport d'armes pour Israël.

La semaine dernière, le Comité d'action du rail a adopté un appel intitulé «Arrêtez toutes les expéditions d'armes vers Israël! Arrêtez le génocide en Palestine! » Cet appel déclare: «Nous, le Comité d'action du rail, condamnons les actions génocidaires d'Israël à Gaza, qui sont pleinement soutenues par le gouvernement allemand et par tous les partis du Bundestag. »

Le Comité d’action soutient par conséquent l’appel du 16 octobre lancé par les syndicats palestiniens à « refuser de fabriquer des armes pour Israël» et à ne pas «transporter d’armes vers Israël».

Nous appelons tous les travailleurs et les jeunes qui veulent agir contre le génocide à Gaza à contacter le WSWS et le Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l'égalité socialiste). Nous contribuerons à la mise en place de comités d’action et soutiendrons les mesures de lutte. Contactez-nous via Whatsapp à ce numéro +49-163-337 8340 et inscrivez-vous en utilisant le formulaire ci-dessous.

(Article paru en anglais le 13 novembre 2023)

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