Perspectives

Reprenant les paroles d’Hitler, Trump menace d’«éradiquer» la «vermine» de gauche

L’ancien président Donald Trump prend la parole lors d’une réunion de campagne, samedi 11 novembre 2023, à Claremont, dans le New Hampshire. [AP Photo/Reba Saldanha]

Dans une déclaration faite samedi sur sa plateforme de médias sociaux, puis dans un discours de campagne prononcé le soir même dans le New Hampshire, l’ex-président Donald Trump a proféré sa menace la plus explicite à ce jour d’emprisonner ou de tuer ses opposants politiques s’il revenait à la Maison-Blanche, dénonçant les «voyous de la gauche radicale qui vivent comme de la vermine».

Dans les derniers mots d’un discours de près de deux heures, Trump a déclaré: «Nous vous promettons d’éradiquer les communistes, les marxistes, les fascistes et les voyous de la gauche radicale qui vivent comme de la vermine dans les limites de notre pays, qui mentent, volent et trichent lors des élections. Ils sont prêts à tout, légalement ou illégalement, pour détruire l’Amérique et le rêve américain».

Il a poursuivi en exprimant les craintes réelles de la classe capitaliste américaine, qui pense que son ennemi le plus dangereux se trouve à l’intérieur des États-Unis, et non à l’extérieur: «La véritable menace ne vient pas de la droite radicale. La vraie menace vient de la gauche radicale, et elle grandit chaque jour, la menace des forces extérieures est bien moins sinistre, dangereuse et grave que la menace de l’intérieur. La menace vient de l’intérieur».

Le fait que Trump, l’ancien président et actuel favori des primaires républicaines, annonce publiquement son intention d’instaurer une dictature présidentielle doit être considéré comme un avertissement par les travailleurs et les jeunes. Certains secteurs de la classe dirigeante américaine, confrontés à une vague de grèves croissante et à des manifestations anti-guerre massives, sont favorables à la création d’une dictature fasciste.

Le discours de la Journée des anciens combattants a été l’occasion pour Trump d’utiliser le plus ouvertement le langage hitlérien en menaçant de détruire ses ennemis s’il revenait au pouvoir. Une série de commentaires dans la presse spécialisée a relevé les similitudes entre ses discours et ceux des dirigeants fascistes des années 1930. Une colonne du Washington Post a cité des passages de Mein Kampf et leurs parallèles dans les récents discours de Trump, notamment la description des opposants comme de la «vermine», la caractérisation d’un groupe ciblé (les Juifs pour Hitler, les migrants pour Trump) comme «empoisonnant le sang» de la nation, et l’avertissement que l’ennemi le plus dangereux de la nation se trouvait à l’intérieur, dans la gauche socialiste et communiste, et non pas à l’extérieur.

Aucun de ces commentaires n’a toutefois suggéré que le fait que Trump reprenne les discours d’Hitler n’est pas une coïncidence, mais qu’il est conscient et délibéré. Il est un admirateur de longue date de la figure la plus monstrueuse du XXe siècle. Au moins l’une de ses ex-femmes a raconté à un biographe que Trump gardait un livre de discours d’Hitler à son chevet. Son père, Fred, avait appartenu au KKK et était connu pour ses sympathies nazies, qu’il a transmises à son fils, en même temps qu’un milliard de dollars.

Samedi, ce n’était pas la première fois que Trump faisait de telles remarques. En octobre 2019, lors d’un discours prononcé dans le Minnesota devant un public composé en grande partie de policiers, il avait déclaré que ses opposants politiques étaient coupables de «trahison», risquaient de déclencher la «guerre civile» et s’était vanté qu’il allait rester au pouvoir pendant «16 ans de plus».

Tout au long de l’année 2020, Trump a cherché un prétexte pour lancer un coup d’État militaro-policier contre la population américaine, d’abord en réponse aux manifestations de masse qui ont suivi le meurtre de George Floyd par la police le 25 mai à Minneapolis, puis, lorsque la probabilité de sa défaite à l’élection présidentielle est devenue évidente, pour renverser le résultat de ce vote. Après l’élection, il a congédié le secrétaire à la Défense qui s’était opposé à l’utilisation de la loi sur l’insurrection pour déclarer la loi martiale, et a installé des loyalistes au Pentagone. Ses efforts pour rester au pouvoir ont culminé avec l’attaque fasciste du 6 janvier 2021 contre le Capitole, qui a manqué de peu de capturer le vice-président Mike Pence ou la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi et d’empêcher le transfert du pouvoir à Biden.

Tous ces faits sont bien connus dans le Washington officiel et occasionnellement commentés dans les médias corporatistes. Mais ce qui est totalement exclu de ces discussions, c’est la question la plus fondamentale: qu’est-ce que cela dit de l’Amérique de 2023 qu’une figure fasciste comme Trump joue un rôle aussi important dans le paysage politique? Comment est-il possible qu’un ex-président qui a cherché à renverser la Constitution pour rester au pouvoir, il y a moins de trois ans, soit de loin le principal candidat à l’investiture présidentielle du Parti républicain, et qu’il soit actuellement favori dans de nombreux sondages pour battre le président démocrate Joe Biden lors de l’élection de 2024, qui aura lieu dans moins d’un an?

La principale responsabilité de cet état de fait incombe au Parti démocrate et à Biden lui-même, qui ont fait concession sur concession au Parti républicain au cours des trois dernières années afin d’obtenir un soutien bipartisan à l’objectif central du gouvernement Biden: préparer et mettre en œuvre un programme d’agression militaire qui amène l’humanité au bord de la Troisième Guerre mondiale.

La décision la plus importante du président Biden a été prise quelques jours après son entrée à la Maison-Blanche: il n’y aurait aucun effort sérieux pour tenir Trump et les républicains responsables de la tentative de coup d’État politique du 6 janvier ou de l’assaut plus large contre les droits démocratiques. La transformation du Parti républicain en une organisation de plus en plus fasciste a été tolérée, voire accommodée.

Les deux tiers des républicains au Congrès ont voté pour ne pas certifier Biden comme vainqueur de l’élection de 2020, quelques heures après que la foule inspirée par Trump ait été dispersée de l’enceinte du Capitole. Néanmoins, Biden a cherché sans relâche à parvenir à un accord avec les républicains du Congrès par le biais de concessions sur la politique intérieure, à condition qu’ils soutiennent la politique anti-russe qui est le centre d’attention du Parti démocrate depuis qu’un gang pro-OTAN de sympathisants fascistes a pris le pouvoir en Ukraine lors du coup d’État de Maidan en 2014.

L’expansion de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, soutenue par les États-Unis, a finalement réussi à provoquer l’invasion réactionnaire de l’Ukraine par Poutine en 2022, ce qui a conduit à l’impasse militaire actuelle. L’éclatement de la guerre entre Israël et Gaza est devenu le prétexte d’une nouvelle escalade du militarisme américain, cette fois dirigée contre l’Iran et ses alliés, y compris la Syrie, les Houthis au Yémen et le Hezbollah au Liban. Une guerre régionale se profile. La cible ultime de l’impérialisme américain est la Chine, et les guerres en Ukraine et à Gaza ne sont que des éléments constitutifs d’une guerre encore plus terrible entre les États-Unis et la Chine, qui menacerait la survie de l’humanité.

Trump est particulièrement grossier dans son désir de dictature, mais il s’agit d’une politique de classe, pas d’une politique personnelle. Le milliardaire à la grande gueule ne fait que donner de la voix à des tendances bien plus profondes, qui s’expriment également à travers le Parti démocrate. La poursuite de la guerre nécessite la suppression des droits démocratiques à l’intérieur du pays et l’imposition des coûts de la guerre à la classe ouvrière.

Le gouvernement Biden et les démocrates dénoncent actuellement toute critique du gouvernement israélien comme étant de l’antisémitisme. Ils exigent de fait qu’elle soit interdite. L’accusation d’antisémitisme est totalement fausse et sert de couverture politique. La véritable signification de ces arguments est d’attaquer le droit démocratique du peuple américain à critiquer la politique étrangère du gouvernement américain. La critique en temps de guerre sera dénoncée comme une trahison et criminalisée.

En fin de compte, la classe dirigeante américaine cherchera à traiter son plus puissant ennemi intérieur – la classe ouvrière – avec les méthodes que Benjamin Netanyahou emploie actuellement à Gaza. Il n’y aura pas de «lignes rouges» pour freiner l’utilisation de la police et de l’armée dans la répression intérieure. Le Parti démocrate ne représente pas une véritable opposition à Trump, mais seulement une voie différente vers le même objectif de régime autoritaire et de suppression violente des droits démocratiques.

Pour l’instant, il existe des différences entre Biden et Trump quant aux méthodes à employer pour défendre les intérêts de l’élite dirigeante capitaliste. Trump est favorable à un recours immédiat à la force, aux niveaux les plus sanglants. Biden préconise, comme une voie plus sûre, de s’appuyer sur les syndicats pour étouffer et réprimer la lutte des classes, et sur des soupapes de sécurité «de gauche» comme Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez pour maintenir la classe ouvrière liée politiquement au Parti démocrate, et à travers lui, au système capitaliste.

Mais ces instruments de contrôle et de détournement de la lutte des classes sont de plus en plus discrédités. Les travailleurs défient les syndicats en rejetant les contrats et en déclenchant des grèves. Ils commencent à s’organiser de manière indépendante, en suivant l’exemple de l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC), créée à l’initiative du mouvement trotskiste mondial.

Le Parti démocrate aborde l’année des élections présidentielles avec un président sortant de 80 ans, largement méprisé, dont la décrépitude personnelle reflète l’état du système capitaliste bipartite dans son ensemble et les prétentions réformistes des démocrates en particulier. Des millions de travailleurs et de jeunes considèrent avec dégoût la perspective d’une reprise électorale Biden-Trump. Ils veulent une véritable alternative, qui leur est fournie par le Parti de l’égalité socialiste.

(Article paru en anglais le 14 novembre 2023)

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