Les membres de l’OTAN promettent de nouvelles livraisons d’armes «sans précédent» à l’Ukraine

Le Royaume-Uni, la Pologne et les États baltes se sont engagés jeudi à procéder à une augmentation «sans précédent» des livraisons d’armes à l’Ukraine afin de faciliter une offensive militaire pour reconquérir les territoires détenus par la Russie.

L'annonce a eu lieu avant un sommet de guerre sur la base aérienne américaine de Ramstein, en Allemagne, auquel participeront 50 alliés des États-Unis, dont tous les membres de l'OTAN, et où les participants devraient annoncer la fourniture de chars de combat à l'Ukraine.

Des conteneurs et des véhicules attendent de se faire transporter sur des navires commerciaux vers l’Europe au port de Beaumont, au Texas, dans le cadre de l’exercice DEFENDER-Europe 20 du 18 février 2020. (Photo: courtoisie de l'armée américaine)

On peut lire dans la déclaration de jeudi: «Nous reconnaissons qu’équiper l’Ukraine pour repousser la Russie hors de son territoire est aussi important que de l’équiper pour défendre ce qui est déjà à elle. Ensemble, nous continuerons à soutenir l’Ukraine pour qu’elle passe de la résistance à l’expulsion des forces russes du sol ukrainien».

La déclaration continue: «Par conséquent, nous nous engageons à poursuivre collectivement la livraison d’un ensemble de dons sans précédent, notamment des chars de combat, de l’artillerie lourde, de la défense aérienne, des munitions et des véhicules de combat d’infanterie pour la défense de l’Ukraine».

La déclaration conclut: «Le nouveau niveau de puissance de combat requis ne peut être atteint que par des escadrons de chars de combat, sous une défense aérienne et antimissile, opérant aux côtés de groupes d’artillerie divisionnaires, et par des tirs de précision permettant de cibler les nœuds logistiques et de commandement russes en territoire occupé».

L’opération militaire décrite dans la déclaration serait une vaste offensive interarmes qui rappelle la Seconde Guerre mondiale, et elle serait financée, armée et pratiquement dirigée par l’OTAN.

Le document note que l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie se sont engagées à former des milliers de soldats ukrainiens. La Pologne a promis d’envoyer deux compagnies de chars de combat Leopard 2, soit environ 25 au total, ainsi que 42 véhicules de combat d’infanterie.

Le Royaume-Uni a promis d’envoyer un «escadron de chars Challenger 2», ainsi que «100.000 obus d’artillerie; des centaines de missiles plus sophistiqués comprenant des roquettes GMLRS, des missiles de défense aérienne Starstreak et des missiles de défense aérienne à moyenne portée; et 600 munitions antichars Brimstone». Le Royaume-Uni a promis de former 20.000 membres des forces armées ukrainiennes en 2023.

Bien que les détails de la fourniture de chars de combat Leopard 2 étaient apparemment en cours d’élaboration avant la réunion sur la base aérienne de Ramstein, le ministre lituanien de la Défense, Arvydas Anušauskas, a déclaré à Reuters qu’un certain nombre de pays allaient annoncer qu’ils envoyaient des chars Leopard à l’Ukraine. «Le nombre total de véhicules blindés promis à Ramstein se comptera en centaines», a-t-il déclaré.

Avant la réunion, les États-Unis ont annoncé une livraison d’armes de 2,5 milliards de dollars à l’Ukraine, y compris 59 véhicules de combat Bradley, 90 véhicules blindés de transport de troupes Stryker, 53 véhicules protégés contre les mines et les embuscades et 350 véhicules à roues polyvalents à haute mobilité.

Plus tôt cette semaine, on a rapporté que les États-Unis annonceront «probablement» qu’ils envoient à l’Ukraine des missiles à longue portée – des bombes de petit diamètre lancées depuis le sol – d’une portée de plus de 160 kilomètres.

S’exprimant au Forum économique mondial de Davos, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré: «Les armes sont la voie vers la paix».

S’adressant à la même assemblée, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré: «La Crimée est notre terre, notre territoire… C’est notre mer et nos montagnes. Donnez-nous vos armes – nous rendrons ce qui est à nous».

En réponse à l’escalade menée par les puissances de l’OTAN, Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité de la Russie, a rédigé une brève déclaration sur Telegram:

Aujourd’hui, sur la base de l’OTAN à Ramstein, les grands chefs militaires discuteront de nouvelles tactiques et stratégies, ainsi que de la fourniture de nouvelles armes lourdes et de systèmes de frappe à l’Ukraine. Cela vient juste après le forum de Davos, où l’on a répété ce refrain: «Pour obtenir la paix, la Russie doit perdre».

Et il ne vient à l’esprit d’aucun d’entre eux d’en tirer la conclusion élémentaire suivante: la perte d’une puissance nucléaire dans une guerre conventionnelle peut provoquer le déclenchement d’une guerre nucléaire. Les puissances nucléaires ne perdent pas des conflits majeurs dont dépend leur destin.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a approuvé les remarques de Medvedev en déclarant aux journalistes: «Potentiellement, c’est extrêmement dangereux. Cela signifierait porter le conflit à un tout autre niveau, ce qui, bien sûr, ne sera pas de bon augure du point de vue de la sécurité mondiale et paneuropéenne».

La Russie possède près de 6.000 ogives nucléaires. Malgré les efforts déployés par les États-Unis pour développer leurs forces de défense antimissile, il est généralement admis qu’une guerre nucléaire à grande échelle tuerait plus de la moitié des populations des deux pays.

L’escalade rapide de la guerre a été accompagnée d’un niveau stupéfiant d’insouciance au sein de l’establishmentpolitique américain.

Dans un éditorial publié mercredi, le Wall Street Journala exigé des frappes à l’intérieur du territoire russe, en écrivant: «Pourquoi un dictateur qui a franchi une frontière étrangère serait-il libre de revendiquer son territoire comme sacro-saint?»

Il a conclu ainsi: «Certains appellent à la prudence en disant que M. Poutine pourrait utiliser une arme nucléaire, mais les derniers mois ont montré que de toute façon, il prendra cette décision en fonction de ses propres calculs».

(Article paru en anglais le 19 janvier 2023)

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