Le Royaume-Uni planifie une intervention navale contre la Russie en mer Noire

La Grande-Bretagne se place à nouveau en première ligne de l’escalade de la guerre entre l’OTAN et la Russie au sujet de l’Ukraine. Lundi, le Timesa rapporté que «la Grande-Bretagne discute avec ses alliés de l’envoi de navires de guerre en mer Noire pour protéger les cargos qui transportent des céréales ukrainiennes».

La ministre des Affaires étrangères, Liz Truss, a discuté de ce projet avec le ministre lituanien des Affaires étrangères, Gabrielius Landsbergis. Il a expliqué que les pays participants «pourraient fournir des navires ou des avions qui seraient stationnés en mer Noire et pourraient assurer le passage maritime des navires céréaliers pour quitter le port d’Odessa et atteindre le Bosphore en Turquie».

La ministre britannique des Affaires étrangères, Liz Truss, à droite, est saluée par le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, avant une réunion au siège de l’OTAN à Bruxelles, le 24 janvier 2022 (AP Photo/Olivier Matthys, Partage)

Landsbergis a déclaré à propos de la réaction de la Grande-Bretagne à cette proposition: «De mon point de vue, le gouvernement britannique est intéressé à aider l’Ukraine de toutes les manières possibles».

Une source diplomatique avait confirmé que Truss y serait favorable une fois que les modalités pratiques auront été établies, notamment «le déminage du port et la fourniture à l’Ukraine des armes à plus longue portée, afin de défendre le port contre une attaque russe», selon le Guardian.

Ces plans sont déjà en cours. Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, a annoncé lundi que Washington allait fournir à l’Ukraine des missiles antinavires Harpoon, dans le cadre d’un accord avec le Danemark. Le Daily Mailrapporte qu’une «poignée» de pays sont prêts à faire de même, selon des responsables américains et des sources du Congrès.

Au début du mois, l’ancien commandant supérieur de l’OTAN, l’amiral James Stavridis, a écrit pour Bloomberg le 6 mai: «Cela vaut la peine d’envisager un système d’escorte pour les navires marchands ukrainiens (et d’autres pays). S’ils doivent entrer et sortir d’Odessa… La vaste mer Noire est essentiellement constituée d’eaux internationales. Les navires de guerre de l’OTAN sont libres de circuler presque partout où ils le souhaitent, y compris dans les eaux territoriales de l’Ukraine et dans sa zone économique exclusive de 320 km. Concéder ces eaux à la Russie n’a aucun sens. On doit plutôt s’attendre à ce qu’elles deviennent le prochain grand front de la guerre en Ukraine».

Le ministre lituanien des Affaires étrangères a affirmé: «Ce serait une mission humanitaire non militaire qui n’est pas comparable à une zone d’exclusion aérienne… Nous aurions besoin d’une coalition de volontaires: des pays qui disposent d’une puissance navale importante pour protéger les voies de navigation, et des pays qui sont touchés par cette situation».

La «coalition des volontaires» est la formulation utilisée pour décrire l’alliance dirigée par les impérialistes qui a mené l’invasion et l’occupation illégales de l’Irak en 2003. Une intervention navale dirigée par l’OTAN serait une provocation militaire délibérée, destinée à créer un prétexte pour un affrontement direct avec les forces russes, menée sous le couvert d’une «mission humanitaire» visant à éviter une crise alimentaire mondiale qui n’empêche pas le moins du monde les puissances impérialistes de dormir.

Les analystes stratégiques ont été plus honnêtes sur ce qui est en jeu. Sidharth Kaushal, du groupe de réflexion militaire Royal United Services Institute, a déclaré au Financial Times: «Pour maintenir un système de convoi fonctionnel, il faudrait qu’une énorme flotte occidentale stationnée en Méditerranée effectue des rotations dans la mer Noire» et risque «une confrontation avec les navires de guerre russes qui pourrait conduire à une escalade».

Le 17 mai, l’OTAN a lancé une «activité de vigilance», Neptune Shield, à laquelle participent 19 pays et qui est centrée sur le groupe d’attaque de porte-avions USS Harry S. Truman en Méditerranée. Le groupe d’attaque comprend le porte-avions Harry S. Truman, le croiseur USS San Jacinto, cinq destroyers américains et une frégate norvégienne.

La Méditerranée orientale accueille en permanence le 2e groupe maritime permanent de l’OTAN, composé de 14 navires, dont 10 frégates et le destroyer britannique HMS Diamond.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a annoncé de manière belliqueuse les plans de guerre discutés en coulisses, déclarant à propos de la présence russe en mer Noire «une solution militaire à ce problème existe: vaincre la Russie». Il a poursuivi: «Si nous recevons un soutien militaire encore plus important, nous serons en mesure de les repousser… de vaincre la flotte de la mer Noire et de débloquer le passage des navires».

Un conseiller en défense a expliqué au FTles opérations agressives envisagées, notant que «les sous-marins russes à moteur diesel doivent également refaire surface régulièrement, ce qui les rend vulnérables aux attaques». Il a ajouté que: «la destruction du pont du détroit de Kertch, que la Russie utilise pour approvisionner la Crimée, pourrait également laisser les forces de Poutine aux prises avec les mêmes types de problèmes logistiques qu’elle a rencontrés ailleurs».

Le caractère incendiaire des plans évoqués suscite des réactions nerveuses. Kaushal s’interroge: «Combien de pays voudraient risquer que leurs navires se retrouvent aux prises avec la marine russe?» Le Daily Mail cite un responsable américain qui: «a déclaré qu’aucune nation n’avait voulu être la première ou la seule à envoyer des Harpoon, craignant des représailles de la part de la Russie si un navire était coulé avec un Harpoon de leur stock». Le Daily Telegraph cite des sources du ministère des Affaires étrangères, selon lesquelles «les discussions actuelles ne vont pas “jusqu’à l’utilisation de navires de guerre” pour aider à débloquer les ports du pays déchiré par la guerre».

Mais la trajectoire du conflit OTAN-Russie va vers de telles confrontations. Lawrence Freedman, professeur émérite d’études sur la guerre au King’s College de Londres, écrit dans le New Statesman: «Jusqu’à présent, l’opinion était qu’il s’agirait d’une démarche indûment provocatrice, sujette aux mêmes appréhensions que celles qui ont conduit l’OTAN à rejeter les appels à une “zone d’exclusion aérienne” au-dessus de l’Ukraine». Mais l’opération navale russe est un «aspect de cette guerre… qui prend maintenant tout son sens: où la pression pourrait s’accroître pour une opération de l’OTAN». Si la guerre «s’éternise, c’est un problème qui ne disparaîtra pas… Les grandes puissances navales doivent penser à l’avenir».

Une offensive de l’OTAN en mer Noire est envisagée depuis longtemps, le Royaume-Uni y jouant un rôle de premier plan.

En juin 2021, l’OTAN a mené la plus grande opération jamais réalisée dans la région, Sea Breeze, impliquant 32 pays, 5.000 soldats, 32 navires, 40 avions et 18 opérations spéciales. L’exercice a été organisé conjointement par les marines américaine et ukrainienne et visait directement la Russie. La déclaration de l’OTAN qui annonçait l’opération était la suivante: «L’OTAN soutient la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues, s’étendant à ses eaux territoriales. L’OTAN ne reconnaît pas et ne reconnaîtra pas l’annexion illégale et illégitime de la Crimée par la Russie et dénonce son occupation temporaire».

Quelques jours seulement avant le début de Sea Breeze 2021, le destroyer britannique HMS Defender s’est livré à une provocation majeure en pénétrant dans les eaux au large de la Crimée revendiquée par la Russie. Les forces armées russes ont tiré des coups de semonce et largué une bombe sur la trajectoire du navire de guerre, menaçant par la suite que si quelque chose de similaire se reproduisait, elles pourraient bombarder «directement la cible».

Le destroyer de type 45 HMS Defender quitte la base navale de Portsmouth le 1er mai 2021 pour des exercices en Écosse, avant d’être déployé en Méditerranée, en mer Noire et dans la région indopacifique dans le cadre du Carrier Strike Group 21 dirigé par le Royaume-Uni. Un peu plus de sept semaines plus tard, le 23 juin 2021, le HMS Defender est impliqué dans une provocation avec les forces armées russes en mer Noire. (WSWS Media)

Le président russe Vladimir Poutine a affirmé que le navire britannique agissait en coordination avec un avion de reconnaissance américain, «essayant de découvrir les actions de nos forces armées pour stopper une provocation».

Manifestement, maints efforts ont été consacrés pour préparer la région comme une zone de combat avec la Russie. Les médias américains ont rapporté que les États-Unis ont joué un rôle crucial dans la frappe ukrainienne qui a coulé le navire amiral russe, le Moskva, le 14 avril.

Le fait que ces actions soient maintenant menées sous la bannière de la lutte contre la faim dans le monde relève d’une hypocrisie grotesque. C’est ce qu’a souligné William Hague, ancien ministre britannique des Affaires étrangères et chef du Parti conservateur, dans un article d’opinion publié mardi dans le Times, intitulé «La prochaine initiative de Poutine? Une trêve pour diviser l’Occident».

Hague exhorte les puissances de l’OTAN à ne pas accepter les propositions russes de pourparlers de paix, se moquant explicitement des appels à le faire pour éviter une nouvelle escalade catastrophique de la guerre ou de la hausse des prix mondiaux.

«Idéalement pour vous», écrit Hague à propos de Poutine, «les commentateurs occidentaux diront: “Hourra, nous avons toujours su qu’il voulait une porte de sortie”. “Toutes les guerres se terminent par un accord”. Ils discuteront de la manière dont la crise du coût de la vie pourrait être aidée par votre offre très généreuse de renoncer à la guerre que vous avez commencée». Cela est inacceptable pour Hague. Ce qui compte, ce n’est pas la paix ou la faim, mais la poursuite des objectifs de guerre de l’OTAN.

(Article paru en anglais le 25 mai 2022)

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