Perspectives

La visite de Biden en Asie prépare la confrontation militaire avec la Chine

Tandis que son gouvernement intensifie sa guerre par procuration avec la Russie en Ukraine, le président Biden effectue sa première visite en Asie, conspirant avec ses principaux alliés et partenaires stratégiques dans le but d’intensifier la confrontation dirigée par les États-Unis contre la Chine, afin de l’affaiblir économiquement et préparer la guerre.

Le voyage de Biden en Corée du Sud et au Japon – les principaux alliés militaires de l’impérialisme américain en Asie de l’Est – culminera mardi avec une réunion des dirigeants du Dialogue de sécurité quadrilatéral, un groupement stratégique dirigé contre la Chine qui comprend les États-Unis, le Japon, l’Australie et l’Inde.

Le président américain Joe Biden, au centre droit, en compagnie du président sud-coréen Yoon Suk Yeol, au centre gauche, s’exprime au niveau des opérations de combat de la base aérienne d’Osan, le dimanche, 22 mai 2022, à Pyeongtaek, en Corée du Sud [AP Photo/Evan Vucci] [AP Photo/Evan Vucci]

Immédiatement avant son départ pour la Corée du Sud, Biden a rencontré les dirigeants finlandais et suédois à la Maison-Blanche pour discuter de leur candidature à l’adhésion à l’OTAN afin de renforcer l’alliance contre la Russie. Samedi, à Séoul, il a approuvé le programme d’aide militaire de 40 milliards de dollars pour l’Ukraine, dans le but d’affaiblir la Russie et de l’entraîner dans une guerre prolongée.

Dès le début de la guerre en Ukraine, le gouvernement Biden n’a pas eu la moindre prétention de faire appel à Pékin comme médiateur dans les négociations pour mettre fin au conflit. Au contraire, Washington a dénoncé la Chine pour son refus de condamner l’invasion russe, brandi la menace de sanctions économiques et accusé Pékin, sans l’ombre d’une preuve, de préparer une invasion de Taïwan.

Le New York Times a affirmé que le but du voyage de Biden était de «démontrer que les États-Unis restaient concentrés sur la lutte contre la Chine, alors même que son gouvernement mettait en scène une guerre contre la Russie en Europe». L’escalade du renforcement militaire américain et la diabolisation de Pékin qui en découle n’ont cependant rien de défensif.

Les entretiens de Biden avec le président sud-coréen nouvellement élu, Yoon Suk-yeol, ont mis en évidence l’objectif du voyage dans son ensemble: relancer les principaux exercices militaires conjoints, renforcer les capacités militaires de la Corée du Sud et consolider les chaînes d’approvisionnement clés, telles que les semi-conducteurs, afin de limiter toute dépendance économique vis-à-vis de la Chine en cas de conflit.

La Corée du Sud et le Japon sont tous deux des alliés militaires de longue date des États-Unis et abritent des bases américaines vitales qui font partie intégrante des plans de guerre du Pentagone. Si la prétendue menace nord-coréenne sert de prétexte, la consolidation et le renforcement de ces alliances sont dirigés contre la Chine. Les deux pays abritent des systèmes de missiles antibalistiques américains qui constituent un élément clé des préparatifs stratégiques américains en vue d’une guerre nucléaire. De manière significative, des discussions sont en cours dans les deux pays concernant le stationnement de missiles nucléaires américains à moyenne portée sur leur territoire.

Employant le langage de la guerre, un haut responsable de la défense américaine a déclaré la semaine dernière au site Defense One que le voyage de Biden était «la preuve incontestable» que les États-Unis pouvaient maintenir les deux fronts en Europe et en Asie. «Tout le monde se concentre sur l’Ukraine, et nous le comprenons, mais cela ne signifie pas que nous avons cessé de travailler avec nos alliés et partenaires dans l’Indo-Pacifique et arrêté notre activité aérienne et navale dans l’Indo-Pacifique», a déclaré le responsable.

Les États-Unis ont poursuivi leurs provocations navales en mer de Chine méridionale sous le couvert de la «liberté de navigation» et, pas plus tard que le 10 mai, ils ont envoyé un navire de guerre dans le détroit qui sépare Taïwan de la Chine continentale.

L’accent mis par le gouvernement Biden sur Taïwan dans les discussions en Asie est particulièrement sinistre. De la même manière qu’ils ont poussé Moscou à faire la guerre en Ukraine pour enliser l’armée russe dans un conflit prolongé, les États-Unis cherchent à exploiter Taïwan comme un bourbier potentiel pour les forces armées chinoises.

Reprenant là où Trump s’est arrêté, Biden a sapé de manière provocatrice la politique de longue date d’une seule Chine en vertu de laquelle les États-Unis reconnaissent de fait le régime du Parti communiste chinois à Pékin comme le gouvernement légitime de toute la Chine, y compris Taïwan. Lorsque des relations diplomatiques formelles ont été établies avec la Chine en 1979, les États-Unis ont coupé les liens diplomatiques avec Taipei, déclassé les contrats et retiré toutes les forces militaires de l’île.

Au cours de l’année écoulée, Biden a levé les barrières précédentes aux réunions de haut niveau, reconnu que des «formateurs» militaires américains sont stationnés à Taïwan et augmenté les activités navales américaines dans le détroit de Taïwan et les eaux voisines. Lorsque la Chine a répondu en augmentant son activité aérienne près de Taïwan, Washington a accusé la Chine de préparer une invasion.

En fait, les États-Unis arment consciemment Taïwan pour une guerre d’usure contre toute invasion chinoise, en insistant pour qu’elle achète des armes pour une guerre asymétrique contre une armée chinoise beaucoup plus importante. Le général Mark Milley, président des chefs d’état-major interarmées, a déclaré lors d’une audience du Congrès en avril que Taïwan pouvait tirer une leçon importante de l’Ukraine en tant que «nation armée».

«Si votre adversaire tente de vous envahir, et que chaque homme [et] femme en âge d’être soldat est armé, et qu’ils ont un peu d’entraînement, cela peut être une utilisation très efficace», a déclaré Milley. Et on doit ajouter, surtout s’ils sont armés jusqu’aux dents avec des milliards de dollars d’armement américain sophistiqué, et si cela est combiné à des sanctions économiques et financières paralysantes.

Charles Edel, analyste principal au Centre for Strategic and International Studies, a déclaré jeudi à la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants que la stratégie américaine dans la guerre en Ukraine constituait un bon «modèle» sur lequel le gouvernement pouvait s’appuyer pour réfléchir à la manière de protéger Taïwan d’une éventuelle invasion chinoise.

En réalité, les États-Unis ne réfléchissent pas à la manière de défendre Taïwan, mais à la manière d’utiliser la population de Taïwan comme chair à canon dans une guerre avec la Chine.

Le voyage de Biden en Asie souligne le fait que l’impérialisme américain poursuit imprudemment une stratégie qui vise à s’assurer le contrôle de la masse continentale stratégique eurasienne, y compris ses ressources. Son but est d’empêcher toute contestation de son hégémonie mondiale par la Russie ou la Chine, que les États-Unis considèrent comme leurs principales menaces. Dans son déclin historique, Washington est amené à recourir à des moyens militaires pour consolider sa domination.

Pendant plus d’une décennie, depuis le «pivot vers l’Asie» du président Obama, les États-Unis ont cherché à saper et à encercler la Chine sur les plans diplomatique, économique et militaire. Aujourd’hui embourbé dans une crise sociale et économique sans précédent dans son pays et dans la réapparition de la lutte des classes, le gouvernement Biden a plongé l’Europe dans la guerre et prépare la même chose en Asie, menaçant le monde d’un choc de puissances nucléaires.

Conscient de ce qui se profile, le général Mark Milley a averti samedi les cadets de l’Académie militaire américaine de West Point de se préparer à une guerre mondiale. «Le monde dans lequel vous allez entrer a le potentiel d’un conflit international important entre grandes puissances. Et ce potentiel est en augmentation, pas en diminution», a-t-il déclaré.

Une guerre des États-Unis contre la Chine serait un désastre pour la classe ouvrière en Asie et dans le monde. Le seul moyen d’arrêter cette course vers une guerre nucléaire catastrophique est une lutte unifiée des travailleurs en Chine, aux États-Unis et dans le monde entier sur la base d’une perspective internationaliste et socialiste contre le système capitaliste qui est la cause première de la guerre.

(Article paru en anglais le 23 mai 2022)

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