Des courriels montrent qu’immédiatement après la défaite de Trump,

L’épouse du juge à la Cour suprême Clarence Thomas, Virginia Thomas, a fait pression sur les députés de l’Arizona pour qu’ils annulent unilatéralement le vote populaire

Selon des courriels obtenus par le Washington Post, moins de 48  heures après que Joe Biden a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle de 2020, Virginia Thomas a envoyé un courriel à deux députés de l’Arizona pour leur demander de rejeter le vote populaire et de choisir une nouvelle «liste blanche» d’électeurs pro-Trump. Thomas est un agent républicain de longue date et l’épouse de l’archi-réactionnaire juge à la Cour suprême Clarence Thomas.

Les courriels, obtenus sur demande de documents publics, révèlent que le 9  novembre 2020, Thomas a envoyé des messages à Rusty Bowers, président de la Chambre des députés de l’Arizona (Républicain-Mesa) et à Shawnna Bolick, députée de cet État (Républicaine-Phoenix). Elle les implore de «faire leur devoir constitutionnel» et de «rester forts face à la pression politique et médiatique».

Dans les deux courriels, elle exhortait les deux législateurs à «prendre des mesures pour s’assurer qu’une liste électorale vierge soit choisie pour notre État». Thomas avait échangé, comme il fut révélé précédemment, au moins 29 messages texte avec le chef de cabinet de la Maison-Blanche de Trump, Mark Meadows, dans les jours ayant précédé et suivi le coup d’État manqué.

«L’article  II de la Constitution des États-Unis vous donne une responsabilité impressionnante de choisir les électeurs de notre État», écrit Thomas, qui ne réside pas en Arizona. «Cela signifie que vous avez le pouvoir de lutter contre la fraude et de veiller à ce que nos élections soient libres, équitables et honnêtes».

Les courriels développent essentiellement ce qui allait devenir l’une des principales stratégies de Trump et de ses complice républicains après sa défaite électorale. Sachent pertinemment que Trump avait légitimement perdu l’élection, les dirigeants républicains – de Trump même à ses alliés au Congrès en passant par les médias et les milices d’extrême droite – ont diffusé le mensonge fasciste que l’élection avait été «volée» dû à la prévalence des bulletins de vote par correspondance et des boîtes de dépôt des bulletins.

On a instruit ces éléments de droite de harceler les fonctionnaires électoraux et les législateurs républicains afin qu’ils annulent le vote démocratique dans les États que Trump avait perdus, et d’adopter la position que la population n’avait pas le droit constitutionnel d’élire un président qui ne soit pas républicain.

Un porte-parole de Bowers, Andrew Wilder, a déclaré au Post, que Bowers «n’avait pas vu, et encore moins lu… le formulaire d’email envoyé par Mme  Thomas.»

On ne peut pas en dire autant de Bolick, qui, selon le Post, a envoyé une réponse à Thomas le jour suivant, le 10  novembre 2020, lui disant: «J’espère que vous et Clarence vous portez bien!»

Bolick, écrit le Post, a également donné «des conseils sur la façon de soumettre des plaintes» concernant la «fraude électorale.» Bolick, actuellement en course pour être la prochaine secrétaire d’État de l’Arizona, a continuellement répété les mensonges de Trump: l'élection est volée et il y a une 'fraude' électorale massive.

Deux mois après que Virginia Thomas eut envoyé un courriel à Bolick – avant l’investiture de Biden – la députée de l’Arizona a parrainé le projet de loi  2720 de la Chambre des députés de l’Arizona. Celui-ci comprenait une disposition qui aurait permis à la Chambre de rejeter le président choisi par les électeurs. Ce projet de loi qui n’a finalement pas été adopté, aurait donné aux législateurs de l’État le pouvoir de «révoquer l’émission ou la certification par le secrétaire d’État du certificat d’élection d’un électeur présidentiel» par un vote majoritaire, à tout moment avant l’investiture du président.

Shawnna Bolick est notamment mariée à Clint Bolick, qui est actuellement juge associé à la Cour suprême de l’Arizona et chargé de recherche à la Hoover Institution de l’université Stanford. Les Bolick entretiennent des relations étroites avec les Thomas. Clint a décrit le juge de la Cour suprême dans des interviews précédentes comme son «mentor». Le juge Thomas est également le parrain du deuxième fils de Clint.

Au début de 2022, Clarence Thomas a refusé de se récuser dans une affaire concernant les dossiers de la présidence de Trump, auxquels la Commission du 6  janvier de la Chambre des représentants tentait d’accéder. Huit juges sur neuf étaient en désaccord avec Trump sur le fait que les documents étaient soumis au «privilège exécutif», seul Thomas a reconnu à Trump le droit de protéger les documents qui incluaient des messages entre Virginia Thomas et Meadows sur l’annulation de l’élection.

En décembre 2020, Virginia Thomas a continué ses pressions sur les députés de l’Arizona pour qu’ils rejettent le vote populaire. Dans un courriel du 13  décembre 2020 adressé à Bowers, un jour avant la réunion du Sénat devant certifier le vote du collège électoral, Thomas a écrit: «En tant que législateurs d’État, vous avez le pouvoir et l’autorité constitutionnels de protéger l’intégrité de nos élections – et nous avons besoin que vous exerciez ce pouvoir maintenant»!

Et de poursuivre: «Jamais dans l’histoire de notre nation, nos élections n’ont été autant menacées par la fraude et les procédures inconstitutionnelles».

Pendant que Virginia Thomas envoyait des courriels aux législateurs de l’Arizona pour leur faire rejeter le vote populaire, le 11ehomme le plus riche de la planète, Larry Ellison, le milliardaire cofondateur et président de la société de logiciels Oracle, se coordonnait avec les alliés de Trump à la Maison-Blanche, au Congrès et sur Fox News pour promouvoir l’affirmation bidon de Trump que l’élection était «frauduleuse».

Dans un autre article publié vendredi, le Washington Post rapporte qu’Ellison avait participé à une conférence téléphonique le 14  novembre avec des alliés de Trump, «axée sur les stratégies de contestation de la légitimité du vote».

L’appel téléphonique du 14  novembre, où sont cités des documents judiciaires et un «participant», écrit le Post, comprenait le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham (républicain), l’animateur de Fox News Sean Hannity, un avocat de Trump nommé Jay Sekulow et James Bopp Jr, un avocat de l’organisation droitière pro-supression d’électeurs «True the Vote».

Ce groupe soutenu par un milliardaire a été fondé par des éléments affiliés au ‘Tea Party’ en 2009. Après la défaite de Trump, il a joué un rôle de premier plan en amplifiant l’affirmation de Trump que l’élection de 2020 était truquée.

Ellison, écrit le Post, «est devenu un courtier de pouvoir politique majeur pendant le gouvernement Trump, accueillant le président en 2020 pour une collecte de fonds dans sa propriété de la vallée de Coachella en Californie et contribuant des millions aux candidats et comités républicains, dont Graham».

L’appel entre Ellison et les alliés républicains de Trump a été révélé dans le cadre du litige en cours entre True the Vote et Fair Fight, un comité d’action politique fondé par la candidate démocrate au poste de gouverneur de Géorgie, Stacey Abrams.

Une source anonyme a déclaré au Postqu’Ellison pourrait avoir participé à l’appel afin «d’évaluer les affirmations sur les machines à voter faites par Sidney Powell».

L’affirmation fasciste de Powell que les machines Dominion Voting avaient été manipulées au service d’un complot communiste international entre le Venezuela et la Chine, visant à saper Trump, furent répétées dans des textos échangés entre Meadows et Virginia Thomas. Des messages révélés plus tôt cette année après que Virginia Thomas eut admis qu’elle était à Washington D.C. à l’Ellipse le 6  janvier.

Alors que de larges parties de la classe dirigeante s’efforçaient de renverser la démocratie bourgeoise par des mesures semi-légales et extra-parlementaires, des agents républicains «sur le terrain» ont cherché à mobiliser le soutien de milices d’extrême droite pour occuper le Capitole, capturer ou tuer des législateurs, si les efforts républicains pour annuler l’élection à travers les parlements des États, les procès et la Cour suprême échouaient.

Vendredi, le New York Timesa révélé l’existence d’un groupe de discussion crypté sur Signal appelé Friends of Roger Stone. Stone, comme Virginia Thomas, a été un agent républicain pratiquement toute sa vie. Pour favoriser le coup d’État de Trump, il a servi de lien entre les milices d’extrême droite présentes sur le terrain, comme les Oath Keepers et les Proud Boys, qui ont mené l’attaque du Capitole, et la Maison-Blanche.

Le groupe crypté, qui selon le Timesexiste «depuis au moins 2019», comprenait de nombreux membres, qui ont été arrêtés depuis pour leur rôle dans le coup d’État manqué de Trump.

Le Timesn’a pas listé les 47  membres du groupe, mais on trouve parmi ceux identifiés le fondateur d’Oath Keeper, Stewart Rhodes ; l’ancien président des Proud Boys, Henry «Enrique» Tarrio; le fondateur fasciste d’Infowars, Alex Jones; l’agent républicain et principal organisateur de Stop the Steal (Empêchez le vol [de l’élection]), Ali Alexander; l’avocate principale d’Oath Keeper, Kellye SoRelle; et Ivan Raiklin, un lieutenant-colonel de l’armée de réserve auteur d’un plan surnommé la «carte Pence», selon lequel le vice-président Mike Pence pourrait rejeter les électeurs des États le 6  janvier.

Un membre du groupe a déclaré au Timesque sa «raison première» était juste «d’avoir un endroit où les partisans pouvaient partager des choses». Mais après la défaite de Trump, les efforts du groupe se sont concentrés sur la prévention de la certification de Biden par tous les moyens nécessaires.

Au moment où le groupe de Stone discutait de ses stratégies, le chef de milice Rhodes, selon des documents judiciaires, envoyait déjà des SMS aux Oath Keepers dans un ‘Leadership Intel Chat’ séparé, le 5  novembre 2020, pour préparer «vos idées, votre corps, votre esprit» à la «guerre civile».

Quelque deux mois plus tard, en début de soirée le 6  janvier 2021, après que l’attaque initiale sur le Capitole n’ait pas atteint ses objectifs, Rhodes, selon les procureurs, était au téléphone avec un intermédiaire de haut niveau de Trump demandant que ce dernier invoque la Loi sur l’insurrection et que la ‘Force d’intervention rapide’ lourdement armée de Rhodes, stationnée à l’extérieur de Washington D.C., assiège le Capitole.

«Je veux juste me battre», a déclaré Rhodes après l’appel.

Le fait que le coup d’État de Trump ait échoué n'est pas dû à une action quelconque de la part du Parti démocrate, un parti de Wall Street et de la CIA, qui s’est avéré incapable de défendre les droits démocratiques contre des républicains de plus en plus fascistes et leurs bailleurs de fonds milliardaires.

Après le coup d'État manqué, les démocrates ont cherché à supprimer les tensions entre eux et leurs partenaires de la classe dirigeante en bâclant le deuxième procès de destitution sans appeler de témoins, ce qui a conduit en moins de trois jours à l'acquittement de Trump.

Au lieu de demander des comptes à Trump et à ses complices de conspiration républicains au Congrès et à la Cour suprême, Biden et la présidente de la Chambre Nancy Pelosi affichent presque chaque semaine leur désir de voir un «parti républicain fort».

(Article paru d’abord en anglais le 21 mai 2022)

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