Borne première ministre: Macron lance l'assaut contre les travailleurs

Le 16 mai, Emmanuel Macron a nommé Élisabeth Borne première ministre. Vendredi soir, Borne a annoncé la composition de son gouvernement, dans la continuité du premier mandat de Macron. Si les médias bourgeois ont salué la nomination d’une femme à Matignon, c’est un signe que Macron veut mener une attaque généralisée contre la classe ouvrière pendant son second mandat.

Ancienne directrice de stratégie de la SNCF rémunérée à plus de 25.000 euros mensuels, sous Macron Borne a cassé le statut des cheminots. Ainsi, elle a sabordé les salaires de cheminots payés 10 fois moins qu’elle ne l’avait été. Et surtout, nommée ministre du Travail au début de la pandémie de Covid-19, Borne a dirigé en juillet 2020 l’élaboration des protocoles sanitaires suivis après le premier déconfinement.

Ces protocoles ont été désastre politiquement criminel. Alors que la pandémie était presque maîtrisée en France au déconfinement, avec quelques centaines de cas quotidiens, ils ont permis une remontée massive du virus. Le coût en vies de cette politique, menée à travers l’Union européenne, a été énorme. Plus de 117.000 des 148.000 morts de Covid-19 en France et 1,6 millions des 1,8 millions de morts en Europe datent d’après l’adoption des protocoles élaborés sous la direction de Borne.

Ainsi la nomination de Borne constitue un gage de continuité dans une politique social régressive et meurtrière lancé par Macron à l’aristocratie financière, alors qu’il s’aligne sur la politique de guerre livrée par l’Otan à la Russie en Ukraine, qui risque l’escalade à une Troisième Guerre mondiale. Sans surprise, le pouvoir tente cyniquement de mettre en avant le seul fait de l’identité féminine de Borne comme couverture sous laquelle mener cette politique réactionnaire.

Lors de la passation des pouvoirs avec son prédécesseur, Jean Castex, Borne a tenté se s’attirer le soutien du milieu petit-bourgeois féministe. «Je dédie cette nomination à toutes les petites filles», a-t-elle déclaré. «Rien ne doit faire cesser le combat pour la place des femmes dans notre société». Borne a ajouté qu’elle était «très émue» et qu’elle avait «une pensée pour Édith Cresson», la seule autre femme à être premier ministre en France.

Depuis, Borne a prétendu vouloir mener une politique écologique et de modernisation. Elle reconduit la plupart des ministres de droite les plus hauts placés, dont Bruno Le Maire au ministère des Finances (2e rang protocolaire) et Gérald Darmanin (3erang) à l’Intérieur. Au Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian est remplacé par Catherine Colonna, une diplomate marquée à droite ayant participé à la gestion de la crise de l’invasion américaine en Irak en 2003 et du Brexit.

Borne a nommé au ministère de l’Éducation Pap Ndiaye, un historien franco-sénégalais des noirs aux Etats-Unis qui enseigne à l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et partisan du mouvement Black Lives Matter financé par les grandes sociétés américaines.

Lors du second tour des élections présidentielles, le Parti de l’égalité socialiste (PES) a appelé les travailleurs à boycotter le vote entre Macron et Le Pen et rejeter les deux candidats. Le PES a affirmé que le gouvernement formé par Macron après sa victoire ne serait pas une alternative démocratique à une présidence Marine Le Pen. La question décisive était d’armer les travailleurs d’une opposition irréconciliable aux deux candidats afin de les préparer aux luttes qu’ils vont devoir mener contre le prochain gouvernement.

La politique sociale et sanitaire réactionnaire annoncée par la nomination de Borne, dans le cadre de la politique extérieure militariste menée par Macron et l’Otan, donne raison à la ligne du PES. Il est clair, de surcroît, que la nomination de Borne et de Ndiaye, saluées par les médias comme de signes d’ouverture, ne vont pas arrêter ou même freiner la dérive toujours plus rapide de Macron vers l’extrême-droite.

Alors que Macron nommait Borne à Matignon, Darmanin continuait aussi sa campagne répressive islamophobe. Un sympathisant de l’Action française ayant piloté la «loi anti-séparatisme» visant les associations musulmanes, il veut casser une mesure municipale à Grenoble autorisant le port du burkini.

Les tentatives artificielles des médias de faire de Borne une personnalité sympathique sur des bases féministes ne font que dévoiler les mécanismes par lesquels la politique identitaire raciale ou de genre sert de couverture à des politiques autoritaires et anti-démocratiques.

Les médias mettent en avant l’enfance difficile de Borne, fille d’un couple de pharmaciens à Paris devenue pupille de la Nation après le suicide de son père quand elle avait 11 ans. Cet événement douloureux dans la vie de la jeune Élisabeth Borne suscite toutefois beaucoup plus de sympathie que les conclusions qu’elle semble en avoir tirées.

En effet, elle a utilisé l’École polytechnique et le PS en tant que mécanismes pour réaliser son ascension sociale au dépens de familles ouvrières qui restaient exposées au besoin. Entrée au PS, elle a également fait carrière dans la direction des grandes entreprises, notamment la SNCF et Eiffage. A la télévision en 2021, elle a expliqué qu’elle était soucieuse de son «autonomie financière» suite à la mort de son père: «Je me suis accrochée et j'ai pu rentrer dans une école d'ingénieur où j'étais rémunérée par l'État, et ça a été un vrai soulagement.»

Ainsi la promotion médiatique féministe de Borne tourne surtout autour d’une tentative de calmer la colère sociale des travailleurs et étouffer la lutte des classes, en vendant des illusions sur la lutte des places menée par des technocrates nantis comme Borne.

Edith Cresson, premier ministre PS sous la présidence de François Mitterrand en 1991-1992, lors de la dissolution de l’Union soviétique par la bureaucratie stalinienne,, a déclaré sur BFM-TV qu’il était «largement temps» de nommer une autre femme à ce poste. Elle a salué Borne, en déclarant: «Dans un discours qui a été très court, elle a trouvé le moyen de mettre une phrase qui m’a beaucoup touchée.»

En fait, le rôle de Cresson ne fait que souligner le caractère réactionnaire du PS et des tentatives de le vendre en tant que parti progressiste sous couverture «féministe», y compris par des forces de pseudo gauche comme Jean-Luc Mélenchon et sa «Nouvelle Union populaire» avec le PS.

Cresson a milité à la Convention des institutions républicaines (CIR), parti dirigé dans les années 1960 par les ex-collaborationnistes François Mitterrand et Charles Hernu, qui a ensuite dirigé la fondation du PS en 1971. Elle était au pouvoir pendant la première guerre du Golfe contre l’Irak et le lancement de l’Union européenne avec le traité de Maastricht. Détestée par les travailleurs pour sa politique d’austérité salariale, Cresson a dénoncé l’homosexualité, «différente et marginale», et les Japonais qu’elle a traités de «fourmis».

Aujourd’hui Cresson a salué Margaret Thatcher et d’Angela Merkel, des dirigeantes de droite ayant imposé une austérité draconienne. La nomination de Borne, a dit Cresson, est «un événement parce que la France est ce qu’elle est, que la classe politique est ce qu’elle est, mais dans un autre pays ce n’est pas un événement. Ni Madame Thatcher, ni Madame Merkel, ni au Portugal où une femme a été nommée Première ministre longtemps avant moi, on ne s’est exclamé que c’était quelque chose d’extraordinaire.»

En réalité, la nomination de Borne à Matignon n’est pas extraordinaire et ne change rien de fondamental. Alors que l’Otan intensifie sa guerre extérieure contre la Russie en Ukraine, Macron lance une offensive à l’intérieur contre la classe ouvrière, pour saborder les retraites, l’assurance-chômage et l’université publique et garder les travailleurs exposés au virus. Ceci prépare de nouveaux affrontements encore plus explosifs entre Macron et la classe ouvrière.

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