Les travailleurs et ruraux pauvres du Sri-lanka doivent se mobiliser contre le programme d’austérité de Rajapakse-Wickremesinghe!

Ranil Wickremesinghe, le nouveau premier ministre du Sri Lanka, a prononcé lundi un discours où il a exposé le projet de son gouvernement: une attaque impitoyable contre les droits démocratiques et sociaux des travailleurs des villes et des campagnes.

La classe dirigeante sri-lankaise cherche à faire porter tout le poids de la crise économique aux travailleurs, une crise énormément intensifiée par la pandémie de COVID-19 et la guerre menée par les États-Unis et l’OTAN contre la Russie. Les mesures d’austérité sévères prévues ne feront qu’aggraver des conditions déjà insupportables, engendrées par la montée en flèche des prix, les coupures de courant quotidiennes et la pénurie de carburant, de nourriture, de lait, de gaz de cuisine et d’autres produits de base.

Les manifestations populaires massives exigeant la démission du président Gotabhaya Rajapakse et de son gouvernement ont déjà contraint son frère, Mahinda Rajapakse, à quitter le 9  mai son poste de premier ministre. La décision du président Rajapakse de nommer Wickremesinghe à sa place est un effort désespéré pour stabiliser le régime bourgeois.

Wickremesinghe, qui largement détesté, est le seul parlementaire représentant son parti droitier l’UNP (United National Party). Sa principale qualification pour ce poste est son bilan notoire d’application agressive des mesures d’austérité dictées par le FMI (Fonds monétaire international) et d’action au service des intérêts géopolitiques réactionnaires des États-Unis et de leurs alliés.

Une grève exigeant la démission du président Gotabaya Rajapaksa à Colombo, au Sri Lanka, le jeudi  28  avril 2022. (AP Photo/Eranga Jayawardena)

La prise de fonction de Wickremesinghe marque un tournant dans l’attaque de la classe ouvrière et des travailleurs ruraux par la classe dirigeante sri-lankaise, à travers l’application de mesures d’austérité dictées par le FMI. N’ayant pas réussi à réprimer l’actuel mouvement de protestation populaire, Rajapakse a fait appel à Wickremesinghe, estimant qu’il était le politicien bourgeois le plus expérimenté pour cette tâche.

Wickremesinghe a décrit la crise économique sans précédent touchant le Sri Lanka comme «extrêmement volatile». Il a cité l’augmentation du déficit budgétaire à 13  pour cent du PIB, des réserves de devises étrangères en baisse et une grave pénurie de carburant et de médicaments essentiels. Il a également menacé d’imposer des coupures de courant quotidiennes de 15  heures.

Wickremesinghe cherche à utiliser cette sévère crise économique pour justifier de faire porter tout le poids de la crise aux travailleurs et aux pauvres des zones rurales. Son discours a clairement indiqué ce à quoi les travailleurs pouvaient s’attendre, en plus des mesures déjà imposées par Rajapakse.

Son gouvernement avait l’intention de présenter un « budget de concession». Par «concession», il entend la poursuite de la destruction des emplois et des conditions de travail et de vie.

Citant les pertes énormes subies par la compagnie aérienne nationale Sri Lankan Airlines, Wickremesinghe a proposé de la privatiser, ce qui entraînera inévitablement une attaque des emplois et des conditions de travail des travailleurs de la compagnie. Cela ouvrirait également la voie à la privatisation ou à la commercialisation d’autres entreprises du secteur public, comme l’entreprise publique d'électricité CEB, la CPC (Ceylon Petroleum Corporation) et la Compagnie des eaux (Water Supply and Drainage Board), comme l’exigent les conditions du FMI pour tout prêt d’urgence.

Les lamentations de Wickremesinghe sur les pertes de la CEB et du CPC est un avertissement que le prix du carburant et de l’électricité va encore monter. Suivront probablement des hausses du tarif de l’eau. L’augmentation du prix du carburant entraînera une nouvelle hausse du coût des transports publics, que la plupart des travailleurs utilisent pour leurs déplacements quotidiens. Elle ferait également grimper les prix de tous les produits de première nécessité, y compris les denrées alimentaires.

Admettant la dégradation de la situation subie par les travailleurs, Wickremesinghe a averti: «Nous devons nous préparer à faire des sacrifices. Pendant une courte période, notre avenir sera encore plus dur que les temps difficiles que nous avons traversés».

Wickremesinghe parle de «nous», mais la politique du gouvernement Rajapakse-Wickremesinghe n’imposera de «sacrifices» qu’à la classe ouvrière, protégera les super-riches et les investisseurs internationaux et garantira leurs profits.

Le premier ministre a tenté d’apaiser les travailleurs en affirmant que «cette période [dure] ne sera pas longue», car «dans les mois à venir, nos alliés étrangers nous aideront». C’est là un mensonge. Les travailleurs et les paysans devront souffrir sans fin pour les super-riches et le capital financier international.

La prétendue aide des «alliés étrangers» – les puissances impérialistes, les banques internationales et les autres créanciers qu’ils contrôlent, comme le FMI – viendra assortie de conditions sévères: nouvelles réductions des subventions, augmentation des impôts et «restructuration» du secteur public ; c’est-à-dire la privatisation ou la commercialisation, les réductions d’emplois, de salaires et d’autres prestations. De plus, les États-Unis, le Japon et l’Inde utiliseront leur aide pour faire pression sur Colombo afin qu’il s’intègre davantage dans leur offensive stratégique et militaire agressive contre la Chine.

L’immense crise à laquelle est confronté le pouvoir bourgeois au Sri Lanka est une partie de la crise mondiale du capitalisme. Celle-ci ne peut être résolue par cette prétendue «aide» de la part de gouvernements et de banques eux-mêmes en crise.

Il y a déjà des indices des mesures qu’on prépare. S’adressant au Parlement jeudi, Wickremesinghe a demandé aux employés non essentiels du secteur public de ne pas se présenter au travail le lendemain, invoquant la pénurie de carburant. Cela pourrait conduire à la suppression d’emplois et de salaires dans le secteur public, sous prétexte d’éliminer les employés «non essentiels».

La classe ouvrière et les masses opprimées n’accepteront pas passivement la guerre de classe que le gouvernement Rajapakse-Wickremesinghe leur fait subir. Elles ont déjà entrepris un soulèvement d’un mois contre le gouvernement à propos des mesures déjà prises.

Ce mouvement populaire a atteint un tournant avec l’intervention puissante de la classe ouvrière, notamment lors de deux grèves générales d’une journée, les 28  avril et 6  mai, et d’une autre grève générale, débutant le 9  mai, interrompue deux jours plus tard par la trahison des syndicats. Des millions de travailleurs des secteurs public, privé et semi-gouvernemental, unis par-delà toutes les divisions communautaires – cinghalais, tamouls, musulmans, hindous, bouddhistes et chrétiens – se sont joints à ces luttes.

De nouvelles mesures d’austérité vont intensifier la colère sociale et l’opposition des travailleurs et des pauvres ruraux, tout en aggravant l’immense crise politique du gouvernement Rajapakse et du régime bourgeois.

En réponse, le gouvernement Rajapakse se prépare à une répression militaro-policière et accélère son évolution vers des formes de pouvoir dictatoriales. Rajapakse a imposé l’état d’urgence sur toute l’île le 5  mai, à la veille d’une grève générale. Plus tard, le 9  mai, il a conspiré avec son frère, l’ex-premier ministre Mahinda Rajapakse, pour lancer une attaque brutale contre les manifestants anti-gouvernement, puis a exploité la situation pour imposer des couvre-feux et déployer l’armée dans toute l’île.

La classe ouvrière doit se préparer à un affrontement direct avec le gouvernement Rajapakse-Wickremesinghe et avec l’ordre capitaliste tout entier.

Les syndicats ont clairement montré leur rôle perfide de police du travail, œuvrant pour le compte du gouvernement et des employeurs. Ayant étouffé toute intervention de la classe ouvrière dans les manifestations anti-gouvernement pendant des semaines, les syndicats ont été contraints par l’immense pression de la base d’appeler à des grèves générales d’un jour les 28  avril et 6  mai. Mais ils n’ont appelé à ces actions limitées que pour mieux contenir le mouvement de la classe ouvrière et mieux le lier aux partis d’opposition, eux-mêmes prêts à imposer les mesures d’austérité brutales du FMI.

La décision des syndicats d’annuler la grève illimitée prévue pour le 11 mai a enhardi le gouvernement Rajapakse à organiser l’attaque des manifestants le 9  mai. Les syndicats ont été obligés d’appeler à une autre grève générale le même jour, les travailleurs de plusieurs secteurs comme la Poste et l’hôpital national de Colombo s’étant mis en grève de leur propre chef. Mais les syndicats ont ensuite tout annulé après deux jours de grève.

Les travailleurs doivent former leurs propres comités d’action dans toutes les usines, lieux de travail, plantations et quartiers, indépendamment des syndicats, pour organiser leur lutte et la faire avancer contre les dures mesures d’austérité et la répression du gouvernement. Des comités de défense et des gardes doivent être mis en place face aux bandes de nervis organisés par le gouvernement.

Le Parti de l’égalité socialiste (PES) aidera les travailleurs à former de tels comités. Le PES préconise une série de revendications politiques et sociales sur lesquelles les luttes de ces comités devraient être développées.

Le PES est le fer de lance de la lutte pour développer ce combat de la classe ouvrière, organisé à travers des comités d’action, pour l’établissement d’un gouvernement ouvrier et paysan voué à la mise en œuvre d’une politique socialiste. Cela fait partie de la lutte plus large pour le socialisme en Asie du Sud et à l’international, qui ne peut être menée qu’en unissant les travailleurs sri lankais à leurs frères et sœurs de classe du monde entier.

(Article paru d’abord en anglais le 20 mai 2022)

Loading