À Buffalo, Biden dissimule le rôle du Parti républicain dans la promotion de la «théorie du remplacement» fasciste

Le discours du président Joe Biden à Buffalo, dans l’État de New York, mardi, trois jours après qu’un tireur fasciste a assassiné 10 personnes dans un quartier majoritairement afro-américain de la ville, était une dissimulation lâche du rôle du Parti républicain dans la promotion des conceptions antisémites et racistes qui ont inspiré le tueur.

Au cours des deux jours précédents, des dizaines d’articles sont parus dans la presse institutionnelle, relatant les déclarations de responsables républicains et de commentateurs médiatiques pro-Trump encourageant les délires de la «théorie du remplacement» du tireur de Buffalo, Payton Gendron.

Dans un manifeste en ligne de 180 pages, Gendron cite des tueurs de masse qui avaient fait la promotion de l’affirmation néonazie selon laquelle les Juifs conspirent pour remplacer la race blanche par des immigrants, des Noirs, des Hispaniques, des musulmans et d’autres races «inférieures». «Les Juifs sont le plus gros problème que le monde occidental ait jamais eu», a-t-il écrit.

Le président Joe Biden s’exprime au centre communautaire Delavan Grider à Buffalo, N.Y., le mardi 17 mai 2022, après la fusillade de samedi dans un supermarché (AP Photo/Andrew Harnik)

Au lendemain de la tentative de coup d’État de Trump du 6 janvier 2021, que le Comité national républicain a qualifié de «forme légitime de discours politique», le soutien des responsables républicains à ces conceptions démontre que le GOP, l’un des deux grands partis de la classe dirigeante américaine, est en train de se transformer en une organisation fasciste.

Pourtant, au cours de son intervention, Biden a réussi à omettre les mots «Trump» et «républicain». Il n’a pas nommé un seul responsable républicain (Scott Perry, Matt Gaetz, Elise Stefanik, Marjorie Taylor Greene, Paul Gosar et d’autres), un média (Fox News) ou un commentateur (Tucker Carlson, Laura Ingraham) qui continuent de promouvoir les thèmes racistes et antisémites du «Grand Remplacement».

Au lieu de cela, il a dissous la réalité de la menace fasciste dans les abstractions désincarnées de la «haine» et du «mal», qui n’expliquent rien et servent à dissimuler les véritables forces sociales et politiques à l’œuvre.

Biden a déclaré: «En Amérique, le mal ne gagnera pas. Je vous le promets. La haine ne prévaudra pas, et la suprématie blanche n’aura pas le dernier mot…»

Se sentant obligé de mentionner la théorie du complot du remplacement, Biden l’a entièrement attribuée au racisme anti-noir, ne prononçant jamais les mots «fascisme» ou «antisémitisme».

Il a parlé d’«une haine qui, par le biais des médias, de la politique et d’Internet, a radicalisé des individus en colère, aliénés et perdus, les amenant à croire à tort qu’ils seront remplacés. C’est bien le mot. Remplacés par l’autre. Par des gens qui ne leur ressemblent pas».

Il a réitéré les positions du Parti démocrate que tous les problèmes sociaux et politiques doivent être vus à travers le prisme de la race, définissant la fusillade de Buffalo exclusivement comme une autre expression de la suprématie blanche. Il n’a pas fait le lien entre les conceptions racistes du tireur et l’antisémitisme, la xénophobie et l’anticommunisme qui sont des composantes essentielles de l’idéologie nazie. Ce récit racialiste sert à dissimuler les questions de classe fondamentales et à encourager les divisions dans la classe ouvrière, tout en donnant une légitimité au racialisme des racistes anti-noirs.

«La suprématie blanche est un poison», a-t-il déclaré. «C’est un poison. C’est le cas. Il traverse notre corps politique. Et on l’a laissé couver et croître sous nos yeux…»

Quant à la source du «poison» suprématiste blanc, on ne peut que supposer qu’elle est ancrée dans la psyché des «Blancs». Aucune référence n’a été faite à la crise sociale maligne, intensifiée par la pandémie de COVID-19, à la croissance du militarisme et de la guerre, aux niveaux stupéfiants d’inégalité sociale, à l’inflation record et aux politiques d’austérité appliquées par Biden et les deux partis capitalistes.

Biden a déclaré: «Écoutez, l’expérience américaine de la démocratie est en danger comme elle ne l’a jamais été de mon vivant. Elle est en danger à cette heure.» Plus tôt cette année, il s’est demandé si l’ordre constitutionnel aux États-Unis survivrait à cette décennie.

Pourtant, il n’a fait qu’une référence fugace au 6 janvier, le définissant implicitement comme un autre exemple de suprématie blanche.

Tout cela a été entrecoupé d’homélies moralisatrices, de blabla patriotique et de citations des Écritures.

Les seules politiques concrètes avancées par Biden pour combattre le terrorisme d’extrême droite étaient une censure plus intensive de l’Internet, qui sera inévitablement dirigée contre la gauche et non la droite, et le contrôle des armes à feu.

Après le discours, un journaliste a demandé à Biden si des élus ou des figures médiatiques spécifiques étaient à blâmer pour la promotion des théories du complot. Il a esquivé la question en déclarant: «Je crois que toute personne qui se fait l’écho de la théorie du remplacement est à blâmer – pas pour ce crime en particulier – mais cela ne sert aucun but, aucun but sauf le profit ou le bénéfice politique».

Lors d’une conférence de presse récente, la nouvelle secrétaire de presse de la Maison-Blanche, Karine Jean-Pierre, a refusé à plusieurs reprises de nommer des individus spécifiques au sein du Parti républicain ou des médias responsables de la promotion de ces conceptions fascistes. S’adressant aux journalistes à bord d’Air Force One, elle a affirmé que c’était parce que la Maison-Blanche ne voulait pas leur donner «l’attention qu’ils recherchent désespérément».

Il s’agit d’une dérobade misérable et lâche visant à dissimuler la transformation fasciste du Parti républicain sous Trump. Biden dénonce le racisme et le terrorisme d’extrême droite comme l’incarnation du «mal», mais il couvre les fascistes qui le promeuvent au sein du Parti républicain, y compris ceux qui ont organisé la tentative de renversement de la Constitution et l’instauration d’une dictature le 6 janvier.

Sa réponse immédiate au coup d’État du 6 janvier a été d’appeler à un Parti républicain «fort» et à l’«unité». Cette politique est toujours en vigueur aujourd’hui.

Les raisons de cette politique se trouvent dans la crise massive du système capitaliste et dans la croissance de la lutte des classes.

Le Parti démocrate, l’un des deux grands partis de l’impérialisme américain, craint par-dessus tout la croissance de l’opposition sociale dans la classe ouvrière. Il n’a aucune réponse aux problèmes auxquels sont confrontées les masses populaires. Tous ses efforts visent à réprimer l’opposition de la classe ouvrière par la promotion de la politique racialiste et l’utilisation de la bureaucratie syndicale pour empêcher les grèves et les actions de masse et les saboter lorsqu’elles éclatent. Il cherche à protéger le Parti républicain par crainte d’un effondrement du système bipartite qui sert à défendre les intérêts de la classe dominante.

Ceci est d’autant plus critique dans des conditions où le Parti démocrate est devenu le principal parti de guerre de l’impérialisme américain. Biden cherche à utiliser la guerre par procuration des États-Unis contre la Russie en Ukraine pour surmonter les divisions au sein de l’appareil d’État. Il s’oppose à tout ce qui peut perturber l’unité avec les républicains dans la poursuite de la défaite militaire de la Russie.

Cela inclut l’armement et la glorification du bataillon Azov, une formation fasciste qui joue un rôle de premier plan dans la promotion de la politique d’antisémitisme et de racisme au niveau international.

À Buffalo, Biden a tenté de donner à la lâcheté de son discours un vernis populiste en condamnant «ceux qui répandent le mensonge pour le pouvoir, le gain politique et le profit». Il a repris ce thème en déclarant: «Nous devons refuser de vivre dans un pays où la peur et le mensonge sont conditionnés pour le pouvoir et le profit».

C’est une description juste du capitalisme. La clé pour venir à bout du fascisme, du racisme et de l’antisémitisme est précisément de libérer l’immense pouvoir social de la classe ouvrière, en brisant les barrières imposées par les démocrates et les syndicats. L’expansion de la lutte des classes ouvrira la voie au remplacement d’un système de «peur et de mensonges pour le pouvoir et le profit» par le socialisme.

(Article paru en anglais le 18 mai 2022)

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