Le gouvernement allemand prolonge sa mission de combat au Mali et au Sahel

Berlin joue un rôle de plus en plus agressif dans la guerre par procuration menée par l'OTAN contre la Russie. Presque quotidiennement, le gouvernement fédéral annonce de nouvelles sanctions contre Moscou et la livraison de plus d'armes lourdes à Kiev. Il fait également avancer l'offensive de l'impérialisme allemand en Afrique. Mercredi, le cabinet a approuvé une extension massive de la mission de guerre allemande au Mali et dans toute la région du Sahel.

Déploiement de la MINUSMA au Mali

La proposition du gouvernement, qui sera votée au Bundestag (parlement) cette semaine, augmente la participation allemande à la mission onusienne MINUSMA de 300 soldats. Le personnel supplémentaire doit être utilisé principalement pour prendre le relais des troupes de combat françaises, qui devraient être retirées du Mali dans les prochains mois et redéployées dans les pays voisins.

Le WSWS a décrit ce retrait, annoncé par le président français Emmanuel Macron le 17 février, comme une réaction à « l’opposition populaire explosive à l'impérialisme français, surtout suite au retrait humiliant de l'OTAN d'Afghanistan l'année dernière et aux massacres répétés commis par les troupes françaises et les milices locales mises en place avec le soutien tacite de la France dans la région du Sahel ».

L'Allemagne réagit à présent à la fin des tristement célèbres missions « anti-terroristes » dirigées par la France, « Barkhane » et « Tabuka » au Mali, en renforçant sa propre présence dans ce pays géo-stratégiquement important et riche en ressources.

« Le plafond des effectifs passera de 1 100 à 1 400 soldats afin de répondre à la contribution allemande envisagée pour compenser les capacités précédemment assumées par la France… », indique la motion du gouvernement allemand. Il s'agit des services médicaux, de forces de soutien pour la poursuite de l'exploitation de l'aérodrome de Gao, ainsi que « d'une société de sécurité supplémentaire pour la protection des biens », et des efforts « pour soutenir les opérations de nos forces de reconnaissance au sol ».

Il devient de plus en plus clair que Berlin prépare, dans le dos de la population, une massive opération de combat au Mali – et de plus en plus dans tout le Sahel – pour laquelle on mobilise de plus en plus de soldats. « Pour les phases de redéploiement et dans le cadre des rotations de troupes, et dans les situations d’urgence », précise le texte du mandat, « le plafond d’effectifs peut être temporairement dépassé ».

Dans ce contexte, la MINUSMA est « autorisée à prendre toutes les mesures nécessaires, y compris le recours à la force militaire, afin de remplir le mandat… ». Bien que la « participation allemande » au Mali concerne le transport aérien, le ravitaillement en vol et « le soutien logistique et autre», la base militaire de Niamey au Niger fait également « partie de la zone d'opérations ».

Les missions de la police européenne sont également étendues à l'ensemble de la région. « Un autre pilier de l'engagement de l'Allemagne » serait « le soutien au développement ultérieur » de la Politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne, dont les missions civiles au Sahel Mali et au Niger. L'Allemagne y participerait avec un total de 30 soldats et « compléterait ainsi la participation de la police à la MINUSMA ».

En outre, la mission de Formation européenne au Mali (EUTM) se concentrera sur le Niger et d'autres États du Sahel. Selon la proposition gouvernementale correspondante, jusqu'à 300 soldats de la Bundeswehr [l’armée allemande] doivent contribuer à améliorer les « capacités opérationnelles des forces de sécurité du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie et du Niger et de la Force opérationnelle conjointe des États du G5 Sahel ». Cela implique « des conseils et une formation militaire, y compris une formation préalable au déploiement » et des « tâches d'escorte ».

On cite, comme justification officielle de la relocalisation de l'EUTM, des massacres perpétrés par le régime malien, arrivé au pouvoir par un coup d'État en juin 2021 en alliance avec des forces russes. « Les informations sur les violations des droits de l'homme par les troupes maliennes et russes, que nous lisons dans les journaux ici et dont nous avons bien entendu parler sur le terrain, sont terribles », a déploré la ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock au Bundestag. Il s'agissait désormais de « se tenir aux côtés du peuple sur le terrain contre ces forces qui ne se soucient pas des droits de l'homme, de la démocratie et d'un ordre fondé sur des règles ».

Ce n'est rien là qu'une absurde propagande. Berlin est dans un pacte avec le régime putschiste malien contre le « peuple sur le terrain » qui s'oppose à l'occupation de son pays par les puissances impérialistes. Le mandat du gouvernement allemand stipule qu'il veut « faire pression sur le gouvernement malien de transition d'une part, mais en même temps maintenir ouvertes les voies du dialogue et offrir un soutien dans un esprit de partenariat ».

Les massacres sont commis par les forces mêmes que la Bundeswehr a formées sur de nombreuses années. La parlementaire Katja Leikert, qui siège à la Commission parlementaire des Affaires étrangères pour le groupe parlementaire chrétien-démocrate (CDU/CSU), a dû admettre que les auteurs en étaient « des troupes maliennes – il faut le dire ici – entraînées par des officiers allemands bien intentionnés et qui assassinent maintenant aux côtés des troupes russes ».

Et même cela n'est pas toute la vérité. En fait, les puissances impérialistes et leurs troupes sur le terrain n'ont pas de « bonnes intentions » mais sont les principaux auteurs de la terreur et des massacres de civils.

Le Mali, en particulier, en est un exemple tragique. Le pays a été plongé dans l'abîme par la guerre menée par l'OTAN contre la Libye en 2011. Après un afflux d'armes et de milices au Mali à la suite de la destruction de la Libye, des combattants touaregs et des forces islamistes ont déclenché un soulèvement dans le nord du pays contre le gouvernement central à Bamako, début 2012.

Alors que l'armée malienne officielle était au bord de l'effondrement, après de violents combats et un coup d'État militaire en mars 2012, l'ancienne puissance coloniale française est intervenue, début 2013, pour sécuriser le nord du pays, particulièrement riche en matières premières. La mission fut présentée comme une « lutte contre le terrorisme ». En réalité, cela faisait partie d'une nouvelle ruée vers l'Afrique par les puissances impérialistes.

L’Allemagne a été impliquée (article en anglais) dès le début et a soutenu l'intervention française – initialement avec de la logistique et du personnel. Fin avril 2013, la Bundeswehr a commencé à former les premiers soldats sur le terrain. Depuis lors, les mandats ont été prolongés et élargis à plusieurs reprises – et avec eux la brutalité de la guerre.

La colère de la population s'est intensifiée après des crimes commis par les impérialistes – comme la frappe aérienne française sur une fête de mariage à Bounty début 2021, au cours de laquelle 22 personnes ont été tuées – et de nombreux massacres qui se sont produits sous les yeux des forces d'occupation. En mai 2021, l'armée a mené un autre putsch, de manière significative après que les syndicats maliens eurent annulé une grève générale prévue dans la capitale Bamako.

Un objectif de guerre déclaré des puissances impérialistes est de réprimer les masses appauvries de la région et de les empêcher de fuir vers l'Europe. Le Sahel se caractérise par « un niveau élevé d'instabilité [...], combiné à une augmentation massive des fuites et des migrations, qui peuvent également affecter l'Europe », prévient le gouvernement allemand dans son texte de mandat.

Il s’agit en même temps de la poursuite d’intérêts économiques et géopolitiques et de repousser l'influence d'autres puissances, en premier lieu la Russie. « Si la MINUSMA devait se retirer du Mali, le vide serait plus encore comblé par d'autres forces », a averti Baerbock au Bundestag. Cela s'appliquait« aux combattants islamistes », mais « aussi aux forces russes ».

Comme dans la guerre menée par l'OTAN contre la Russie, l’étalage de supériorité de la Bundeswehr en Afrique fait partie du retour de l'impérialisme allemand sur la scène mondiale. Représentant les vues de toute la classe dirigeante, Baerbock a déclaré qu'on ne se « concentrait pas seulement sur ce qui se passe devant notre porte », mais qu'on « continuait à assumer sa responsabilité dans le monde ». C’était là aussi « le message qu’on envoyait en soutenant le mandat de la MINUSMA ». L'Allemagne était « le plus grand pourvoyeur de troupes occidentales au Mali » et « ne se repliait pas sur soi-même dans le monde ».

(Article paru en anglais le 16 mai 2022)

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