La mobilisation massive des infirmières empêche l’envoi en prison de RaDonda Vaught, mais la lutte doit continuer!

Le dimanche 15 mai, à 14 h (heure locale Côte Est), le bulletin d'information des travailleurs de la santé du WSWS organise une réunion en ligne sur la défense de RaDonda Vaught et la lutte contre la médecine pour le profit. Pour vous inscrire, cliquez ici .

Vendredi, l'ancienne infirmière du Vanderbilt University Medical Center (VUMC) RaDonda Vaught a été condamnée à trois ans de probation, sans peine de prison, pour une erreur médicale qui a entraîné la mort tragique d'une de ses patientes, Charlene Murphey, en 2017.

La décision de ne pas condamner Vaught à une peine de prison a été accueillie par les acclamations des infirmières rassemblées devant le palais de justice. Les infirmières de tout le pays sont soulagées que la juge Jennifer L. Smith ait rejeté les demandes vindicatives du ministère public pour une peine allant jusqu'à huit ans de prison.

Dans le même temps, les poursuites contre Vaught et sa condamnation créent un dangereux précédent de criminalisation des erreurs médicales. Vaught est confrontée à trois ans de probation intrusive, n'a pas retrouvé sa licence d'infirmière et a subi d'énormes conséquences personnelles et émotionnelles dû à des poursuites injustes, tout en ayant sur la conscience l'erreur elle-même et la vie qui a été perdue.

Des infirmières attendent la décision de verdict de RaDonda Vaught dans le Tennessee, le 13 mai [Photo : WSWS] [Photo: WSWS]

Comme une infirmière l'a dit au Bulletin d’information des travailleurs de la santédu WSWSaprès la condamnation, « Nous savons tous que ce que le juge aurait dû dire était : 'Nous sommes désolés RaDonda. Voici votre licence d’infirmière rétablie. Maintenant, tirez des enseignements de votre erreur et soyez une excellente infirmière. Nous avons plus que jamais besoin d'infirmières.’”

Les infirmières devraient exiger que sa condamnation soit annulée. Vaught devrait être graciée et avoir la possibilité de reprendre sa profession d'infirmière si elle le souhaite.

Un certain nombre de faits ressortent de l'affaire Vaught et de l’issue des poursuites contre elle.

Premièrement, il ne fait aucun doute que sans la mobilisation massive de soutien pour Vaught parmi les infirmières et les autres travailleurs de la santé, elle serait actuellement derrière les barreaux. Smith a commencé l'audience vendredi matin en notant que le tribunal avait été inondé de courriels, de messages vocaux et de lettres prenant le parti de Vaught. Des centaines de milliers d'infirmières ont signé une pétition réclamant sa liberté.

C'est par crainte d'une explosion sociale que le tribunal a décidé de ne pas envoyer Vaught en prison.

Une infirmière lors du rassemblement pour RaDonda Vaught dans le Tennessee le 13 mai [Photo : WSWS] [Photo: WSWS]

Deuxièmement, le caractère de l'accusation dans l'affaire, et la décision d'inculper Vaught en premier lieu, démontrent l'attitude de l'État capitaliste envers les travailleurs. Le procureur du district de Nashville, Glenn Funk, qui est professeur à Vanderbilt, a porté plainte contre Vaught pour protéger la réputation et les intérêts commerciaux de l'université et du centre médical. Au cours du procès, le procureur de district a explicitement déclaré qu'il n'examinerait pas les « défaillances du système » de l'hôpital qui ont conduit à l'erreur et a faussement décrit Vaught comme « quelqu'un qui considérait sa patiente comme une personne bonne à jeter ».

Lors de l'audience de détermination de la peine, le ministère public, non satisfait d'avoir retiré à Vaught sa licence d'infirmière et de l'avoir traînée devant les tribunaux, a tenté de salir son caractère. On a cherché à enrôler les membres de la famille de Charlene Murphey pour plaider en faveur d'une peine sévère, mais le fils de Murphey, Michael, et sa belle-fille, Chandra, ont témoigné que Charlene Murphy n'aurait pas voulu voir RaDonda Vaught jetée en prison.

Le ministère public a ensuite lancé l’accusation que Vaught aurait fait des déclarations mensongères sur une demande de permis d'armes à feu, une diffamation calomnieuse. Il a demandé un « alourdissement » de la peine allant de trois à six ans, affirmant qu'elle avait abusé de sa position de confiance publique et privée. L'accusation a même cherché à présenter Vaught comme quelqu’un qui faisait tout pour se faire remarquer.

Trois étudiantes de l'École d'infirmières de St. Louis, Missouri, lors du rassemblement pour soutenir RaDonda Vaught, le 13 mai [Photo : WSWS] [Photo: WSWS]

Troisièmement, tous les problèmes sous-jacents à cette affaire demeurent. Vaught a été le bouc émissaire des conséquences du manque chronique de personnel et des «défaillances du système» qui existent dans les hôpitaux du pays.

L'ensemble du système médical est dominé par des chaînes d'hôpitaux géants, de compagnies d'assurance et de monopoles pharmaceutiques et d'équipements médicaux, qui fonctionnent sur la base du profit et non selon les besoins des malades et des travailleurs de la santé.

Comme l'a dit une infirmière au Bulletin d’information des travailleurs de la santé devant la salle d'audience du Tennessee: « Nous devons mettre fin à la subordination des soins de santé au profit, car cela tue notre société, la fait sombrer. Ce n'est pas seulement un parti politique, c'est le système dans son ensemble. Une autre a déclaré: «Lorsque vous traitez les soins de santé comme une entreprise et que l'objectif est le profit, vous sacrifiez la sécurité des malades.»

Au-delà du caractère lucratif du système de santé lui-même, les infirmières et les travailleurs de la santé sont confrontés à un ordre social et politique entièrement subordonné aux profits d'une oligarchie patronale et financière.

On l’a vu de façon très nette dans la pandémie de COVID-19. Dès le début de la pandémie, la classe dirigeante et ses représentants, démocrates comme républicains, ont pris la décision de ne pas prendre les mesures sanitaires nécessaires et bien connues, notamment la fermeture de la production non essentielle et des écoles, les tests de masse et la recherche des contacts – qui auraient pu arrêter la transmission du virus et l’éradiquer.

En conséquence, plus d'un million de personnes sont maintenant mortes aux États-Unis. La pandémie a eu un impact catastrophique sur toute la société, et en particulier sur le système de santé. Pendant deux ans et demi, les infirmières et autres travailleurs de la santé – surchargés de travail, en sous-effectif et sans équipement de protection individuelle approprié – ont travaillé dans des conditions vraiment horrifiantes. Beaucoup ont contracté la COVID-19 et sont décédés. Beaucoup ont enduré le fardeau psychologique et émotionnel d'être témoin de la mort à une échelle vraiment massive.

L'administration Biden a proclamé la fin de la pandémie, alors même que le virus continue de se propager, d'infecter et d'évoluer vers de nouvelles souches. Les démocrates et les républicains peuvent trouver des centaines de milliards en un rien de temps pour financer la machine de guerre américaine – l'appareil de mort et de destruction – mais ils ont abandonné même les dépenses de santé les plus minimes pour faire face à la pandémie et sauver des vies.

Durant tout cela, les syndicats pro patronat, politiquement alignés sur le Parti démocrate, sont restés les bras croisés. Les syndicats n'ont pris aucune mesure pour protéger la vie des infirmières pendant la pandémie; ils ont saboté toutes les grèves et luttes qui ont éclaté, et ils n'ont rien fait pour mobiliser tous les travailleurs de la santé et leur force pour défendre Vaught.

Infirmières condamnant les profits dans le système de santé au rassemblement pour RaDonda Vaught au Tennessee le 13 mai [Photo : WSWS] [Photo: WSWS]

Les infirmières de tout le pays devraient être fières de leur solidarité envers RaDonda Vaught. Cependant, ce n'est que le début.

La lutte contre la persécution de Vaught doit être développée à travers la mise en place d'un réseau d'organisations de la base, des organisations contrôlées par des infirmières, indépendantes des syndicats à la botte de la grande entreprise. La mobilisation en faveur de Vaught a démontré que les infirmières n'ont pas besoin de compter sur ces organisations, qui étouffent tous les efforts des infirmières pour riposter.

Un réseau de comités de la base, composé d'infirmières et d'autres travailleurs de la santé dans chaque hôpital et établissement de soins de santé, coordonnera une lutte sérieuse pour une dotation en personnel sûre, des augmentations de salaire, des services de santé mentale, une injection massive de fonds dans le système de soins de santé et la fin de la subordination de la santé au profit privé.

Une telle lutte obtiendra un énorme soutien dans la classe ouvrière, aux États-Unis et dans le monde. La mobilisation massive pour exiger la liberté de Vaught fait partie d'une vague de luttes sociales et de classe, y compris de la part des travailleurs de la santé, à l'international, motivées par des inégalités sociales extrêmes, une inflation galopante, les conséquences de la pandémie et le danger imminent d'une troisième guerre mondiale.

Le combat doit continuer! Le dimanche 15 mai à 14 h (heure locale de la Côte Est des USA), le Bulletin d'information des travailleurs de la santé du WSWSorganise une réunion en ligne pour discuter de la stratégie et de la perspective sur lesquelles cette lutte doit se baser. Nous encourageons vivement tous les travailleurs de la santé à s'inscrire et à y assister .

(Article paru en anglais le 14 mai 2022)

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