Le président sri-lankais Rajapakse installe Ranil Wickremesinghe comme premier ministre pour imposer l’austérité des États-Unis et du FMI

Le Parti de l’égalité socialiste (PES) du Sri Lanka condamne la nomination par le président Gotabhaya Rajapakse du leader proaméricain du Parti national uni (UNP), Ranil Wickremesinghe, au poste de premier ministre, jeudi soir.

Ranil Wickremesinghe [Source : United National Party Facebook]

Il s’agit d’un nouvel acte de Rajapakse dirigé contre les travailleurs, les jeunes et les pauvres qui demandent l’éviction du président et de son gouvernement et la fin du désastre social qui leur est infligé.

Les travailleurs font face à de graves pénuries et à une augmentation des prix de tous les produits de base, tels que la nourriture, les médicaments et le carburant, et ils subissent de longues coupures de courant. Cette crise est alimentée par la pandémie de COVID-19 et la guerre par procuration entre les États-Unis et l’OTAN en Ukraine contre la Russie.

Le nouveau gouvernement de Rajapakse, dirigé par Wickremesinghe, ne s’attaquera à aucune de ces conditions. Au contraire, il ne fera que les aggraver. Il a été mis en place pour appliquer les mesures d’austérité brutales dictées par le Fonds monétaire international (FMI).

Le président et son nouveau gouvernement doivent partir! La classe ouvrière peut aller de l’avant en créant des comités d’action, en mobilisant sa force industrielle et politique et en luttant pour des politiques socialistes.

Rajapakse a fait ce geste sinistre un jour seulement après avoir déployé l’armée avec l’ordre de «tirer à vue» pour faire respecter la loi. Vendredi dernier, après une grève générale massive d’une journée et un hartal(fermeture du petit commerce), Rajapakse a proclamé un état d’urgence pour intensifier sa répression.

Lundi, les hommes de main du parti au pouvoir de Rajapakse, organisés par le premier ministre Mahinda Rajapakse, se sont déchaînés pour attaquer des manifestants antigouvernementaux non armés.

Politiquement affaibli, le président Rajapakse s’est engagé dans des manœuvres en coulisses impliquant Wickremesinghe comme intermédiaire entre le président Rajapakse et le premier ministre Mahinda Rajapakse d’une part, et les États-Unis et le FMI d’autre part.

Wickremesinghe est le seul député du Parti national uni (UNP) élu au Parlement de 225 membres lors des élections générales d’août 2020. Sans majorité, il n’a ni légitimité ni statut, même selon les normes constitutionnelles du Sri Lanka. Le nouveau premier ministre ne pourra s’assurer une majorité au Parlement qu’en recourant aux accords sournois et aux marchandages pratiqués depuis longtemps par l’élite politique sri-lankaise.

Pour Rajapakse, la seule qualification pour installer Wickremesinghe est son dossier notoire – en tant que député et six fois premier ministre – et en tant qu'agent de l'impérialisme américain et des mesures d'austérité du FMI. Rajapakse se tourne maintenant vers ce politicien corrompu pour mettre en œuvre un programme brutal du FMI et réprimer la colère croissante des travailleurs et des pauvres.

Quelques minutes seulement après la prestation de serment de Wickremesinghe en tant que premier ministre, l’ambassadrice américaine Julie Chung à Colombo en a fait l’éloge. «Sa nomination au poste de premier ministre et la formation rapide d’un gouvernement inclusif sont les premières étapes pour résoudre la crise et promouvoir la stabilité. Nous encourageons des progrès significatifs au FMI et des solutions à long terme qui répondent aux besoins de tous les Sri-Lankais».

Cette déclaration indique clairement que la nomination de Wickremesinghe vise à faire avancer les intérêts stratégiques de l’impérialisme américain dans la région, en particulier, l’alignement du Sri Lanka sur la volonté de guerre des États-Unis contre la Chine.

Le bilan de Wickremesinghe, depuis son élection au parlement en 1977 sous le gouvernement UNP de l’ancien président J. R. Jayawardene, est notoire. Ce gouvernement a mis en œuvre d’impitoyables politiques économiques de marché ouvert et a écrasé la grève générale des travailleurs du secteur public en 1980, licenciant 100.000 employés qui résistaient à la suppression de leurs droits sociaux. Il a également déclenché une guerre communautaire de 26 ans contre les Tamouls pour diviser, affaiblir et réprimer la classe ouvrière. Wickremesinghe est particulièrement loué pour avoir introduit les zones de libre-échange comme plateformes de main-d’œuvre bon marché pour une exploitation impitoyable par le capital international.

Wickremesinghe, ainsi que l’ancienne présidente Chandrika Kumaratunga, ont joué le rôle principal dans l’opération de changement de régime de 2015, parrainée par Washington, pour évincer le président de l’époque Mahinda Rajapakse et le remplacer par le proaméricain Maithripala Sirisena. Les États-Unis voulaient rompre les relations de Rajapakse avec Pékin et aligner le Sri Lanka sur leur «pivot vers l’Asie» qui vise la Chine.

Après avoir prêté serment en tant que premier ministre hier, Wickremesinghe a déclaré: «Nous sommes confrontés à une crise, nous devons en sortir».

Mais par quels moyens? Selon Wickremesinghe, cela exige l’application des dictats du FMI, c’est-à-dire de féroces mesures d’austérité. Celles-ci comprennent la restructuration des entreprises publiques, l’augmentation des taxes et la réduction du déficit budgétaire par des coupes sombres dans les emplois du secteur public, les salaires, les retraites et les subventions restantes contre la vie chère.

La calamité sociale que ces mesures apporteront aux travailleurs dépassera de loin ce qui se passe déjà. Elles font partie d’une campagne pour imposer les exigences des créanciers étrangers et de l’élite financière sri-lankaise aux dépens de la grande majorité de la population.

La nomination de Wickremesinghe suscitera une énorme opposition de la part de la classe ouvrière et des pauvres des zones rurales, car son bilan est bien connu et les conséquences de ses politiques ont été catastrophiques.

Des étudiants en médecine rejoints par des travailleurs manifestent à Ragama le 9 mai 2022 contre l’attaque de Galle Face [Photo: WSWS]. [Photo: WSWS]

Le parti d’opposition Samagi Jana Balawegaya (SJB) a déclaré jeudi qu’il ne soutiendrait pas Wickremesinghe. Le SJB a reproché à Rajapakse de ne pas l’avoir invité à former un gouvernement, après avoir exprimé sa volonté d’établir un régime intérimaire. Hier après-midi, le SJB a revu sa demande antérieure de démission immédiate du président, demandant plutôt un délai pour y parvenir.

Tous les dirigeants du SJB étaient membres de l’UNP avant de s’en séparer au début de 2020 et de former le nouveau parti. Le SJB n’a pas d’autre solution à la crise économique que d’imposer les exigences du FMI.

Le leader du Janatha Vimukthi Peramuna (JVP), Anura Kumara Dissanayake, a déclaré que son parti avait présenté un programme au président et exprimé sa volonté de former un régime intérimaire. Dissanayake a déploré que Rajapakse ne soit pas prêt à entamer des discussions avec le JVP qui, en fait, n’a pas de programme, sauf la mise en œuvre impitoyable de l’austérité.

S’adressant à une organisation de moines bouddhistes la semaine dernière, Dissanayake a déclaré que lorsque l’économie grecque s’est effondrée, seules des «décisions strictes» ont permis une relance. De même, le Sri Lanka, a-t-il dit, ne peut résoudre la crise qu’en «changeant de mode de vie» pendant deux à trois ans, c’est-à-dire en réduisant encore les conditions de vie.

La classe ouvrière ne peut pas s’attendre à ce que les syndicats défendent ses droits sociaux et démocratiques. Au cours des deux derniers mois, les syndicats ont cherché à détourner les luttes ouvrières, les confinant à des appels à la démission du gouvernement et à la formation d'un nouveau gouvernement capitaliste intérimaire – les mêmes revendications formulées par les partis d'opposition. Cela n'a fait que renforcer le gouvernement et attacher les travailleurs à la politique capitaliste.

Le PES appelle la classe ouvrière à rejeter à la fois le régime Wickremesinghe et tout autre régime capitaliste intérimaire.

Nous appelons la classe ouvrière à prendre les choses en main. Cela peut se faire en formant des comités d’action sur chaque lieu de travail, dans chaque banlieue ouvrière et dans chaque plantation, indépendamment et en opposition à tous les syndicats et partis de l’establishmentpolitique bourgeois. Un réseau de tels comités dans toute l’île est nécessaire pour coordonner et unifier l’ensemble de la classe ouvrière.

Le PES appelle ces comités à soulever les revendications suivantes:

* Le contrôle démocratique ouvrier de la production et de la distribution de tous les articles essentiels et autres ressources critiques pour la vie du peuple. Tant que les moyens de production et de distribution restent entre les mains des capitalistes, ils ne les utilisent que pour amasser des profits.

* Les banques, les grandes entreprises et les grands domaines doivent être nationalisés et placés sous le contrôle des travailleurs. Toutes les dettes étrangères doivent être répudiées et ces fonds doivent être utilisés pour le bien-être social des travailleurs et des pauvres.

* Face à l’inflation galopante, les salaires doivent être indexés sur le coût de la vie. Les agriculteurs et autres travailleurs indépendants doivent recevoir des subventions et voir toutes leurs dettes annulées.

* La mise en place d’un réseau de comités d’action permettra d’unifier l’ensemble de la classe ouvrière du Sri Lanka, par-delà les langues et les religions, dans une lutte commune. Le PES a déjà mis en place des comités d’action parmi les travailleurs des plantations et de la santé, les enseignants et les artistes et est prêt à aider à en former sur d’autres lieux de travail.

Dans sa déclaration du 10 mai, le PES a également appelé les travailleurs à former des comités de défense et des gardes de défense, ainsi que des comités d’action, pour défendre la classe ouvrière et les masses rurales contre les attaques des voyous progouvernementaux.

En mettant en avant ces politiques, les travailleurs peuvent rallier les pauvres des villes et des campagnes à leur cause et lutter pour un gouvernement ouvrier et paysan qui mettra en œuvre des politiques socialistes dans le cadre de la lutte pour le socialisme international.

Nous exhortons les travailleurs et les jeunes à se joindre à cette lutte et à faire du PES le parti de masse qui mènera la lutte pour le socialisme.

(Article paru d’abord en anglais le 13 mai 2022)

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