Un général révèle sans le vouloir l'escalade américaine qui prend place en Syrie

Par Bill Van Auken
3 novembre 2017

Interrogé mardi sur le nombre de soldats américains actuellement déployés en Syrie, le major général James Jarrard, commandant de la force opérationnelle interarmées en Syrie et en Irak, a déclaré aux journalistes du Pentagone qu'il y en avait «un peu plus que 4000».

Le chiffre a pris les médias présents par surprise puisque qu'il avait été rapporté récemment que plus que 1000 soldats étaient sur le terrain dans l'intervention illégale des États-Unis au Moyen-Orient: deux fois le plafond officiel fixé par l'administration Obama, et ostensiblement maintenu sous la présidence de Donald Trump.

En avril, cependant, l’administration Trump a annoncé qu’elle confiait aux dirigeants militaires le pouvoir de fixer les limites de troupes à sa guise, permettant ainsi une escalade rapide et à l'improviste des interventions américaines au Moyen-Orient. Une autorité similaire a été accordée aux généraux relativement à la guerre de 16 ans en Afghanistan.

Lorsque le journaliste a répété le chiffre du général de 4000 soldats américains en Syrie et a souligné que les rapports précédents n’avaient indiqué que mille soldats, le général a hésité brièvement et, recevant apparemment une correction rapide dans son écouteur, a déclaré: «Je suis désolé, je me suis trompé: il y a environ 500 soldats en Syrie.»

Mais on ne sait toujours pas si le général «s'était trompé», comme l’a prétendu plus tard le Pentagone, ou a révélé par inadvertance que le nombre réel de soldats américains et de marines intervenant en Syrie a quadruplé ces derniers mois. Auparavant, des analystes militaires estimaient que le nombre de soldats était passé à 2000.

Les ajouts au plafond officiel de 503 soldats ont été difficiles à dissimuler. Des unités d’artillerie de la marine américaine ont été déployées en Syrie pour aider à la décimation de Raqqa et d’autres centres de population. Les Rangers de l'armée ont été photographiés en train d’envahir le nord du pays dans des véhicules de combat Stryker, et des hélicoptères d’attaque et leurs équipages ont été fortement impliqués dans des combats.

Plus tôt cette année, le Pentagone a révélé que le nombre réel de soldats américains en Afghanistan dépassait les 11.000, plutôt que les 8.400 précédemment annoncés au public: un décompte fait délibérément à la baisse avec la complicité des médias américains. Cette révélation vient au moment où l’administration Trump a laissé la liberté à la branche militaire d’escalader la plus longue guerre de Washington. Tandis que 4000 soldats américains supplémentaires seraient actuellement envoyés, Trump et son secrétaire à la Défense, l’ancien général de la marine, James Mattis, ont insisté sur le fait que le nombre exact devait être gardé secret afin de ne pas «alerter l’ennemi».

Le secret entourant l’intervention en Afghanistan s’est développé cette semaine, avec la censure par l’Armée américaine d’un rapport trimestriel publié depuis neuf ans par l’Inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan (SIGAR) pour surveiller l’efficacité des centaines de milliards de dollars dépensés dans l'assujettissement de la nation sud-asiatique. Cela a coïncidé avec le rapport selon lequel la CIA a été autorisée pour la première fois à effectuer des frappes de drones et à organiser des milices «qui chassent et tuent», un transfert de ce qui avait été des fonctions militaires à l’agence de renseignement américaine.

Fréquemment, la CIA effectue de telles opérations en utilisant non seulement ses propres forces secrètes, mais aussi le personnel militaire. Le seul motif de les placer sous le contrôle de la CIA est de complètement obscurcir certaines des actions les plus meurtrières perpétrées contre le peuple afghan.

Ensuite, il y a le Niger, où la mort de quatre Bérets verts lors d’une fusillade au début du mois dernier a mis en lumière ce qui avait été une guerre dans l’ombre, avec quelque 1000 soldats américains déployés dans le pays d’Afrique centrale et à ses frontières, une intervention que les principaux membres du Sénat américain ont affirmé ignorer. Quelle que soit la sincérité de ces affirmations, les politiciens ont manifestement compris que la guerre au Niger et les tentacules croissants d’AFRICOM, le commandement continental de l’armée américaine, supervisant quelque 6000 soldats américains répartis dans 24 pays africains, étaient des secrets bien gardés en ce qui concerne la population américaine.

Le Pentagone a clairement fait savoir que l’intervention militaire dans la région du Sahel en Afrique ne ferait que s’intensifier. Cela a été souligné par la déclaration du premier ministre du Niger, Brigi Rafini, selon laquelle son gouvernement est prêt à permettre aux drones américains de mener des attaques armées sur le territoire du pays.

Derrière les mensonges et le secret entourant les déploiements de troupes en Afrique de l’Ouest, au Moyen-Orient et en Asie du Sud, il y a un plus grand mensonge quant au but de ces interventions, toutes justifiées au nom d’une perpétuelle «guerre contre le terrorisme».

L’intervention syrienne expose la duplicité totale de cette affirmation. Le fait est que Washington a été le principal sponsor du terrorisme contre le peuple syrien, acheminant plus d’un milliard de dollars d’armes et d’argent aux milices islamistes liées à Al-Qaïda dans une guerre sanglante pour un changement de régime. Ses principaux alliés régionaux, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie ont versé des milliards de dollars supplémentaires pour déclencher une guerre qui a fait des centaines de milliers de morts et des millions de réfugiés.

L’expansion des déploiements américains en Syrie vise non pas l’État islamique (EI) qui s’est effondré, mais la saisie de territoires, en particulier les champs pétrolifères de la province orientale de Deir Ezzor, afin de saper le gouvernement Assad et de combattre l’influence régionale de ses principaux alliés, l’Iran et la Russie.

Des considérations similaires sous-tendent l’intervention américaine en Afghanistan, où l’impérialisme américain cherche à maintenir son emprise militaire sur une région stratégique bordant le bassin de la mer Caspienne riche en pétrole, ainsi que la présence américaine au Niger. Cette dernière fait partie d’une tentative plus large de contrer la montée de la Chine, qui devient le principal partenaire commercial du continent africain, grâce à l’utilisation de la force militaire américaine.

Tous ces conflits régionaux ont le potentiel de se propager en une guerre mondiale opposant l’impérialisme américain à la Russie et à la Chine armées du nucléaire.

Malgré l'air faussement scandalisé des sénateurs américains sur les opérations militaires américaines au Niger, il n’y a pas d’appétit au sein du Congrès pour revendiquer le pouvoir constitutionnel de cet organe à déclarer la guerre, chose qu’il a depuis longtemps abandonnée à la Maison-Blanche et au Pentagone.

Lundi lors d’une audience du Comité sénatorial des affaires étrangères, le secrétaire américain à la Défense, le général «Mad Dog» Mattis, et le secrétaire d’État Rex Tillerson ont clairement indiqué que le Congrès était prêt à adopter une nouvelle «Autorisation d’utilisation de la force militaire» (AUMF) pour fournir une «feuille de vigne» juridique pour les guerres et les interventions de Washington à travers le monde, ils n’ont aucun problème à maintenir la fiction que l’AUMF de 2001, adoptée à la suite des attentats terroristes du 11-Septembre, justifie toutes ces actions ainsi que les futurs actes d’agression.

En plein danger de guerre croissant, où le pouvoir d’ordonner une escalade militaire repose fermement entre les mains d’une cabale de généraux droitiers, anciens et actuels, le Parti démocrate ne fait aucune opposition à l’administration Trump sur la question de la guerre. Au contraire, il travaille en tandem avec le Pentagone et la CIA pour mener une campagne d’hystérie anti-Russie visant à ouvrir la voie à une nouvelle conflagration beaucoup plus terrible.

Il n’existe au sein de l’establishment des États-Unis aucune fraction prête à restreindre l’emprise de l’armée américaine ou à défendre les droits démocratiques fondamentaux. La lutte contre la guerre et la menace de la dictature exigent la construction d’un nouveau mouvement de masse antiguerre basé sur un programme socialiste pour mobiliser la classe ouvrière sur le plan international contre le système capitaliste.

(Article paru d’abord en anglais le 2 novembre 2017)