Pourquoi le capitalisme américain n’a pas pu se préparer à l’ouragan Irma ?

Par Niles Niemuth
12 septembre 2017

Après avoir dévasté des îles dans la mer des Caraïbes, Irma a touché terre dimanche aux États-Unis, c’était alors un ouragan de catégorie 4, battant les Keys (petites îles) de Floride avec des vents de 210 km/h et inondant ces îles basses avec des ondes de tempête hautes de jusqu’à 3 mètres.

La tempête large de 650 kilomètres a englouti l’ensemble de l’État à mesure qu’elle se dirigeait vers la côte ouest de la Floride, heurtant la région de Tampa en étant devenue un ouragan de catégorie 2 vers minuit. Miami, au sud-est, a vu des inondations sans précédent, alors que la tempête a provoqué des marées majeures aux deux côtés de la péninsule.

À l’heure de l’écriture de cet article, la tempête a tué au moins 26 personnes, dont quatre déjà enregistrées en Floride. On s’attend à ce que le total augmente à mesure que l’envergure des dommages laissés dans le sillage d’Irma sera étudiée. Selon les estimations initiales, Irma pourrait laisser derrière elle pour 200 milliards de dollars de dommages, plus importants que ceux de Harvey.

L’ouragan Irma est un événement de masse. La tempête aura finalement des effets dramatiques sur la vie de dizaines de millions de personnes, y compris les amis et la famille des personnes directement touchées. Plus de 6,5 millions de personnes font l’objet d’ordres d’évacuation en Floride et 570 000 autres en Géorgie. Environ 116 000 personnes attendent la tempête dans les refuges d’urgence. Des milliers de chambres d’hôtel ont été réservées dans intérieure de la Floride et à des centaines de kilomètres au nord des zones d’évacuation.

De telles catastrophes majeures révèlent les structures fondamentales de la vie sociale et politique sous une forme particulièrement vive. Irma et Harvey avant elle, ont révélé un pays déchiré par les inégalités sociales, en proie à une infrastructure en décomposition et présidé par une élite dirigeante qui agit avec indifférence criminelle face aux besoins fondamentaux de la société.

Au moment où les travailleurs de Houston et de la région environnante font face à la tâche de reconstruction avec des aides des plus minimales et sans assurance, beaucoup de ceux qui sont confrontés à la pluie et aux vents d’Irma n’ont pas pu partir. En émettant des ordres d’évacuation, les responsables du gouvernement n’ont proposé que peu d’aide, voir aucune. Combien de personnes sont restées parce qu’elles n’étaient pas en mesure de payer le coût de l’essence ou des billets d’avion, ou ne pouvaient pas obtenir une place d’autobus et de train sur le nombre disponible très limité ?

Pour ceux qui ont des automobiles, leur exode pour échapper de la tempête a été entravée par l’absence d’un plan d’évacuation, sans effort pour mobiliser efficacement des ressources cruciales, y compris l’essence, ou organiser des endroits pour héberger les gens. Beaucoup ont été forcés de chercher un refuge là où ils sont finalement tombés en panne d’essence le long des deux autoroutes vers le nord.

L’état lamentable de l’infrastructure et du développement urbain rapide ont suscité des inquiétudes quant au risque d’inondations historiques et à l’intégrité des systèmes publics d’eau. Au moins deux millions de personnes sont actuellement sans électricité, une conséquence du fait que les États-Unis utilisent encore des lignes électriques aériennes. On s’attend à ce que des centaines de milliers de personnes soient sans électricité pendant des semaines.

Il y a un changement dans la conscience de larges couches de la population, qui s’étend au-delà des problèmes immédiats en jeu. Fait significatif, un article publié samedi sur le World Socialist Web Site : « Why aren’t trains evacuating people from the path of Hurricane Irma ? » (Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de trains pour évacuer les populations menacées par la trajectoire de l’ouragan Irma ?) a été partagé des dizaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux. Il a été diffusé largement parce qu’il pose une question fondamentale qui n’est abordée nulle part dans les médias ou l’establishment politique.

Pourquoi les ressources de la société ne devraient-elles pas être mobilisées de manière rationnelle et organisée pour faire face à une menace comme Irma ? À l’utilisation du transport ferroviaire, on pourrait ajouter l’organisation massive du transport par autobus et ferry, sans parler de la réquisition d’hôtels et d’autres logements pour fournir des logements aux personnes dans le besoin. Il ne s’agit pas d’un manque de ressources, ou, si ces ressources manquent, c’est parce qu’elles ont été détournées vers d’autres objectifs.

Pendant des décennies, l’élite dirigeante a poursuivi une politique de contre-révolution sociale, pillant les fonds publics et récupérant tous les gains réalisés par la classe ouvrière au cours des 100 dernières années. L’argent qui aurait pu être alloué pour développer une infrastructure pour contrer l’effet de tempêtes de plus en plus puissantes, et prévisibles, a été canalisé dans les poches des riches au détriment de la classe ouvrière et des pauvres.

La classe dirigeante américaine est incapable de planifier quoi que ce soit, à l’exception du transfert de richesses et du renforcement militaire qui a été utilisé pour détruire un pays après l’autre.

La réaction de l’establishment politique à Irma et à Harvey a été de les utiliser comme un moyen d’accentuer le transfert de richesses. Le président Donald Trump a utilisé son discours hebdomadaire du samedi pour faire le lien entre la reconstruction après les tempêtes et la poussée pour réduire les impôts sur les sociétés. Les démocrates, quant à eux, ont proposé une alliance avec Trump, le président le moins populaire de l’histoire, pour soutenir une administration qui trébuche de crise en crise.

Quelles que soient leurs divergences, les politiciens de l’establishment sont unis sur les problèmes stratégiques de base. La classe dirigeante est terrifiée que l’instabilité politique ne déclenche une crise économique. Surtout, elle craint l’émergence d’un mouvement ouvrier indépendant et feront tout leur possible pour éviter cela.

Cependant, un sentiment de colère profonde et d’opposition se développe depuis un certain temps. Il faut lui donner une forme politique. Comme l’impact de ces ouragans l’a démontré, le socialisme n’en émerge pas comme un schéma utopique, mais comme le seul moyen de répondre aux besoins concrets de la classe ouvrière et du développement social dans son ensemble.

Certaines actions de base doivent être prises. Ceux qui ont été touchés par Harvey, et maintenant Irma, doivent être indemnisés dans un effort social massif pour reconstruire des logements de qualité et sûrs. Tout un chacun a droit à un logement sûr, non pas ouvert aux éléments comme ceux qui souffrent actuellement en Floride dans des structures mobiles.

Un programme de travaux publics de plusieurs milliers de milliards de dollars est nécessaire pour moderniser et développer les infrastructures de la société, y compris les réseaux d’eau, les réseaux électriques, les ponts, les routes et les réseaux de transport. Un transport public de haute qualité est nécessaire non seulement pour les exigences quotidiennes de la vie moderne, mais est aussi essentiel dans les situations d’urgence. Des plans doivent être développés dans toutes les zones exposées aux catastrophes afin de fournir un transport gratuit et des logements d’urgence à tous ceux qui en ont besoin.

De plus, des mesures immédiates doivent être prises à l’échelle mondiale pour stopper et inverser les effets du réchauffement climatique, ce qui contribue à la taille et à l’intensité des ouragans. Cela nécessite un programme international coordonné pour développer d’autres sources d’énergie.

Cependant, de telles tâches fondamentales sont incompatibles avec un système social, le capitalisme, où une petite couche de spéculateurs financiers et de dirigeants d’entreprises contrôlent le système politique et dictent la politique. Pour briser la domination de cette aristocratie et libérer des ressources pour des besoins sociaux critiques, les principales banques et sociétés doivent devenir des entreprises publiques sous un contrôle démocratique, aux États-Unis et dans les autres pays. La richesse de l’élite dirigeante doit être réquisitionnée par ceux qui créent toute la richesse de la société, la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 11 septembre 2017)