Manifestations à travers les États-Unis contre l’atteinte aux droits des immigrants

Par nos journalistes
12 septembre 2017

Des milliers de personnes aux États-Unis ont participé à des manifestations pendant le week-end en réponse à la décision de l’Administration Trump de mettre fin au programme DACA (Action différée pour les arrivées d’enfants). L’action marque une nouvelle étape dans l’attaque de l’Administration contre les travailleurs immigrés et les jeunes.

DACA est un programme de l’ère d’Obama qui offre une protection limitée contre les expulsions, mais sans accorder de droit de citoyenneté, à 800 000 jeunes immigrants qui sont arrivés aux États-Unis quand ils étaient encore mineurs. Il a été mis en œuvre en 2012 en partie pour couvrir l’attaque de l’Administration Obama contre les immigrants, y compris un nombre record de déportations.

La décision de Trump signifie que le Département de la sécurité intérieur (Department of Homeland Security) n’acceptera plus de demandes de protection en matière d’expulsion. Ceux déjà inscrits commenceront à perdre leur protection dans six mois.

Une partie de la manifestation à Los Angeles

Des manifestations ont eu lieu dans la ville de New York ; dans la ville de Washington ; à Boston dans Massachusetts ; à Los Angeles et Oakland en Californie ; et dans beaucoup d’autres villes. Le WSWS a parlé à beaucoup de participants, et a distribué des copies de la déclaration du Parti de l’égalité socialiste, « Unissez tous les travailleurs contre l’attaque sur les immigrés ! Pour une politique socialiste de frontières ouvertes ! »

Washington DC

Environ trois cents personnes se sont rassemblées à la Maison-Blanche samedi après-midi. Il y avait un soutien enthousiaste pour la manifestation sur les médias sociaux, avec plus de cinq mille personnes intéressées à assister à l’événement sur Facebook. En raison de circonstances inexpliquées, Facebook a annulé l’événement, ce qui a probablement réduit la participation au rassemblement.

Myles, de Memphis, dans le Tennessee, est venu à la protestation parce que « ces personnes n’avaient pas le choix de venir ou non ici. Vous ne pouvez pas punir les enfants. Ils méritent le même droit à l’éducation que les citoyens américains ».

Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il pensait d’une politique socialiste de frontières ouvertes, il a déclaré : « Je pense qu’il devrait être rapide et facile d’entrer dans les pays, un mois au plus. Je connais quelqu’un qui a tenté d’entrer au Canada pendant deux ans pour voir sa femme ». Lorsqu’on lui a posé des questions sur les conditions sociales aux États-Unis, Myles a répondu : « Si vous dépensez des milliards de dollars sur la guerre, je ne devrais jamais voir des sans-abris dans la rue. Chacun a droit à une vie confortable ».

Ramiro à Washington, qui bénéficie de DACA, a déclaré : « Nous sommes ici parce que ce programme nous a donné l’occasion d’obtenir une éducation. Sans DACA, nous perdrions nos emplois et nos écoles. Cela pourrait également conduire à des attaques contre d’autres groupes qui s’opposent à Trump. »

Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il pensait du Parti démocrate, Ramiro a déclaré : « Obama a utilisé DACA comme une stratégie de campagne. Il est surnommé le Deporter-in-chief. Les politiciens ont leurs propres intérêts. Ils peuvent changer leur soutien à tout moment, nous devons compter sur les travailleurs ».

Firdous, un spécialiste en biologie de l’Université George Washington, a déclaré aux journalistes qu’elle avait beaucoup d’amis dans le programme DACA. « Cela n’affecte pas une personne ou un groupe », a-t-elle noté, ajoutant qu’elle pense que tout le monde a un droit humain à une éducation. « Je suis originaire de Somalie, alors je peux comprendre les gens qui fuient leurs pays d’origine en raison de la guerre et de la pauvreté. Ce n’est pas juste quand des millions de personnes qui ont subi la destruction de leurs maisons finissent par être expulsées du pays où elles sont venues chercher refuge, c’est vraiment un problème mondial. »

Georgia, une enseignante dans une école privée voisine, est venue avec ses amis et sa famille au rassemblement pour exprimer sa solidarité avec les bénéficiaires de DACA. « Je pense que c’est cruel, inhumain, et honteux à faire ces choses aux enfants », disait-elle.

« Les frontières, les banques et l’argent de Wall Street » ainsi que « trop ​​de pouvoir dans un seul endroit » ont été les principales raisons de la crise des immigrants aux États-Unis, a-t-elle déclaré.

Kareem, un étudiant, a déclaré au WSWS que l’annulation de DACA était « moralement répréhensible ». Il a déclaré que beaucoup de ces jeunes ont fait tout leur possible pour être des membres productifs de la société : « En tant qu’immigrant moi-même, je peux vous dire que quand ils disent : “travailler suivant les règles est facile”, ce n’est pas le cas. Il faut beaucoup de procédures, de réunions, de la paperasserie. Cela prend très longtemps [pour être admis dans le pays] ».

Ville de New York

Plusieurs milliers ont participé à la manifestation à New York.

Philip Donas

Philip est étudiant à « Stevens Institute of Technology » (l’Institut de technologie Stevens). « Je suis ici aujourd’hui pour soutenir ma petite amie qui est du Mexique et ma famille », a-t-il déclaré. « Je viens d’Haïti. Les États-Unis l’ont envahi et ont empêché toute lutte pour le changement que nous voulions en Haïti. Je veux changer les choses ici. L’annulation du programme DACA par Trump est terrible. Ça fait peur, et c’est terrible et lâche. »

« Le Parti démocrate et le Parti républicain sont partisans du capitalisme. Ils feront tout ce qu’ils peuvent pour défendre le capitalisme en tant que système et diviser la classe ouvrière ».

Rachel travaille à un groupe de réflexion sur l’immigration. Elle a dit : « Trump qui annule le programme DACA, c’est terrible. Ce ne sont pas seulement les 800 000 bénéficiaires de DACA qui perdront leur droit de rester ici, d’étudier et de travailler. Il y a 1,2 million des gens qui auraient pu s’inscrire au DACA, et ils ne se présenteront pas parce qu’il n’y a pas de protection maintenant. Ils font tous face à plus de peur quand ils essayent d’obtenir les ressources gouvernementales nécessaires, l’éducation et le travail. Ils seront plus contraints de prendre des emplois au noir.

« Lorsque Obama a annoncé le programme DACA, c’était problématique parce que ce n’était pas une refonte de l’ensemble du système d’immigration. »

Luli Rodriguez (à gauche) et Ibeth Mejia (à droite) sont des enseignants à New York

Deux enseignants de la ville de New York sont venus à la manifestation avec des panneaux faits maison. Ibeth a expliqué sa pancarte : « J’en ai assez de tout le système et de la façon dont il traite les gens. Il est injuste pour la population humaine, car tout ce qu’ils font est de nous attaquer. Maintenant, ils attaquent nos enfants. »

« Il y a beaucoup d’enfants DACA dans les écoles publiques de la ville de New York. Au moins une des écoles compte plus de 90 % de sa population étudiante qui sont des immigrants. Ces étudiants sont déchirés et remplis de peur. »

Luli, l’autre enseignant, a ajouté : « Les enseignants appuient le DACA parce qu’ils soutiennent l’éducation. Nous avons des étudiants immigrés qui ont une moyenne de 3,0 [une très bonne note, ndt] ou plus qui font très bien leurs études. Ils ont été élevés en Amérique. Quel est leur avenir maintenant ? »

« Cela a toujours été la politique de faire des immigrés des boucs émissaires et de diviser la classe ouvrière. »

Los Angeles, California

Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés au MacArthur Park à Los Angeles.

Hilda, une travailleuse de la gestion des déchets, est venue soutenir ses deux filles, venues du Mexique à l’âge de quatre ans et cinq ans. « Les États-Unis sont leur pays, elles ne connaissent aucun autre pays. Elles ont grandi ici, et sans au moins DACA, nous n’avons plus rien. »

« C’est injuste que mes filles aient été instruites ici, elles contribuent à ce pays et elles n’ont rien. L’une fait des analyses sanguines, elle est mortifiée quant à sa situation à son travail. L’autre travaille et étudie. Nous voulons les droits pour les immigrés, nous ne pouvons pas continuer à vivre comme ça. J’ai vu mes deux filles souffrir assez et ça doit s’arrêter ! Les républicains et les démocrates jouent avec cette patate chaude, en la jetant les uns aux autres tout en nous laissant sans solution digne. »

Alina

Alina, une chercheuse en sciences qui étudie également pour son doctorat à l’Université de Californie du Sud est venue à la manifestation pour appuyer les immigrés. « En tant que lycéenne et collégienne, j’ai eu beaucoup d’amis qui ont été soutenus par DACA. Je suis ici en soutien et en solidarité. Pour moi, les immigrants sont ce qui rend ce pays si grand, en matière d’économie et de diversité. C’est fou que le président s’acharne tellement contre le programme DACA. »

Interrogée sur ce qu’elle pensait d’une lutte politique menée par des travailleurs indépendants des démocrates et des républicains, elle a déclaré : « Je pense que c’est une mission formidable ! Je suis là pour soutenir tous ceux qui viennent ici et essayer de forger une vie meilleure pour eux-mêmes et leurs familles. »

Paulina est originaire de Tijuana, au Mexique, et vit à San Diego. Elle défend des groupes d’immigrés et a déclaré que « c’est inhumain d’exciser ces jeunes de la société à laquelle ils contribuent de manière substantielle. Leurs familles en ont besoin et nous nous battons pour les garder ici. En fait, nous nous battons pour tous les immigrés, contre toute tentative de nous diviser ou d’utiliser le sort des DREAMers [les personnes inscrites au DACA] comme moyen de pression ».

Paulina

« Sans aucun doute, Obama a expulsé tellement d’immigrants. Beaucoup d’entre eux auraient pu s’inscrire en tant que DREAMers, mais sont maintenant de l’autre côté [de la frontière]. La plupart des immigrés ne sont pas là parce qu’ils le voulaient, mais en raison de la situation qu’ils rencontrent dans de nombreux pays d’Amérique latine et du tiers monde, une situation provoquée par le capitalisme international, les interventions et l’exploitation à l’étranger. Pensez aux guerres que le capitalisme américain a causées en Amérique latine. La migration est le résultat de cela. »

Eric, un travailleur social, a exprimé sa solidarité aux immigrés : « Les pères fondateurs des États-Unis sont venus de différents pays pour pouvoir vivre mieux. Il n’y a aucune raison d’arrêter cela maintenant. Je suis là pour montrer mon soutien, et défendre le droit de quiconque qui veut de venir ici. »

Eric

« Je ne peux pas penser à une bonne raison pour laquelle les frontières existent. Elles concernent le contrôle et l’argent. Si cela dépendait de moi, les frontières devraient cesser d’exister. Et autant que l’Administration actuelle soit particulièrement brutale et flagrante, je ne pense pas que ce soit une question uniquement des républicains. Les démocrates se sont déplacés vers la droite et ils ne voient pas que nous en prenons conscience. Les démocrates prennent de l’argent de Wall Street, alors qu’en surface, ils pourraient même marcher ici aujourd’hui. Les deux partis sont impliqués dans les questions profondément enracinées qui détruisent notre monde. Un troisième parti est vraiment nécessaire ».

En ce qui concerne le capitalisme, il a déclaré : « Je ne comprends pas comment la notion de capitalisme peut être acceptée. Les entreprises feront tout pour maintenir leurs bénéfices : détruire l’environnement, réduire les salaires et profiter des couches vulnérables de la population. Personnellement, j’aime le socialisme : nous rassemblons nos ressources pour tous. Je ne veux pas que mon argent soit utilisé pour financer ces guerres. Au lieu de cela, les élus qui sont achetés par les sociétés sont responsables de ces décisions. »

(Article paru d’abord en anglais le 11 septembre 2017)