Les Etats-Unis menacent la Corée du Nord et le chef de l’OTAN prévient d’un « monde plus dangereux »

Par Peter Symonds
12 septembre 2017

Alors que les États-Unis intensifiaient de manière provocatrice les tensions avec la Corée du Nord, le chef de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a rejoint le chœur des condamnations contre Pyongyang pour son sixième essai nucléaire le 3 septembre.

À la BBC hier, Stoltenberg a dénoncé le « comportement imprudent » de la Corée du Nord comme « une menace mondiale » qui « nécessite une réponse globale qui, bien sûr, comprend également celle de l’OTAN ». En disant qu’il ne spéculerait pas sur la question de savoir si les membres de l’OTAN seraient obligés de participer à une guerre contre la Corée du Nord si les États-Unis étaient la cible d’une attaque, il n’a pas écarté cette possibilité.

Stoltenberg a déclaré au Guardian vendredi que le monde était « plus dangereux » qu’à tout moment de sa carrière de 30 ans. « Il est plus imprévisible, et c’est plus difficile parce que nous avons tellement de défis en même temps », a-t-il déclaré en évoquant « les armes de destruction massive en Corée du Nord », ainsi que le terrorisme et « une Russie plus affirmée ».

Le chef de l’OTAN a rendu visite aux troupes britanniques stationnées en Estonie, après avoir rendu visite à des groupes de combat de l’OTAN en Estonie, en Lettonie, en Lituanie et en Pologne. Il a affirmé que les troupes étaient en mobilisation « défensive », la Russie et la Biélorussie se préparant à des exercices militaires à grande échelle cette semaine. En réalité, la poussée des forces armées de Washington vers l’Europe de l’Est via l’OTAN alimente une confrontation avec la Russie.

De même, le président américain Donald Trump, suite au gouvernement Obama, a considérablement augmenté les tensions avec la Corée du Nord, menaçant le mois dernier de la submerger sous « du feu et de la fureur comme le monde n’en a jamais vu ». En réponse, le régime de Pyongyang a conclu que son seul moyen d’empêcher une attaque américaine est de développer un arsenal nucléaire aussi rapidement que possible.

Dans une déclaration à la BBC hier, le secrétaire à la défense britannique Michael Fallon a laissé entendre que le Royaume-Uni pourrait s’impliquer dans une guerre dirigée par les États-Unis contre la Corée du Nord, affirmant que ce dernier pourrait constituer une menace pour Londres. « Cela nous concerne », a-t-il déclaré, car « Londres est plus proche de la Corée du Nord et de ses missiles que Los Angeles ». Il a admis que les missiles nord-coréens ne pouvaient pas atteindre le Royaume-Uni, mais a déclaré que leur portée devenait « de plus en plus longue ».

Tout en soulignant la nécessité d’une « solution diplomatique », Fallon a insisté : « Nous devons faire arrêter ce programme parce que les dangers d’une erreur de calcul, d’un accident déclenchant une réponse, sont extrêmement graves. » S’ils étaient attaqués, les États-Unis « bien sûr, sous l’autorité des Nations Unies, ont le droit de demander à d’autres membres des Nations Unies de se joindre à leur légitime défense. »

Le danger d’une guerre catastrophique en Asie provoque des craintes profondes en Europe et exacerbe les divisions avec Washington. Dans un entretien publié dans le Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung dimanche, la chancelière allemande Angela Merkel a suggéré que l’accord conclu en 2015 avec l’Iran pour limiter son programme nucléaire pourrait constituer la base des négociations avec la Corée du Nord. « L’Europe et en particulier l’Allemagne devraient être prêtes à jouer un rôle très actif dedans », a-t-elle dit.

La proposition de Merkel d’un accord avec la Corée du Nord de même type qu’avec l’Iran ne sera pas la bienvenue à Washington. Trump a dénoncé à plusieurs reprises l’accord avec l’Iran, a menacé de l’annuler et a rejeté la possibilité d’une fin négociée à l’impasse avec la Corée du Nord.

Washington a monté d’un cran la pression sur la Chine et la Russie pour qu’elles acceptent une nouvelle résolution américaine à discuter ce lundi au Conseil de sécurité de l’ONU. Il est prévu que la résolution devait inclure un embargo total sur les exportations de pétrole vers la Corée du Nord, ainsi qu’un blocus naval partiel qui donnerait aux États membres de l’ONU le droit de monter à bord et d’inspecter les navires soupçonnés de violer les sanctions.

La Chine et la Russie devaient s’opposer à une interdiction complète des exportations de pétrole, ce qui entraînerait une crise économique et politique à Pyongyang. Pékin et Moscou craignent que les États-Unis et leurs alliés n’utilisent tout effondrement du régime en Corée du Nord pour installer un régime pro-américain à leurs frontières.

Jeudi dernier, Trump a déclaré que les présidents américains ont « parlé, parlé, parlé » avec la Corée du Nord pendant 25 ans, mais que son programme nucléaire s’est poursuivi. « Donc, je préfère ne pas aller sur la voie militaire, mais c’est certain que cela pourrait arriver », a-t-il averti.

Trump s’est vanté que « notre armée n’a jamais été aussi forte. » Dans une autre menace envers la Corée du Nord, il a déclaré : « Chaque jour, de nouveaux équipements sont livrés : des équipements nouveaux et beaux, les meilleurs au monde, les meilleurs partout dans le monde, de loin. Nous espérons que nous ne devrons pas l’utiliser contre la Corée du Nord. Si nous l’utilisons contre la Corée du Nord, ce sera un jour très triste pour la Corée du Nord. »

Selon les hauts responsables de la Maison Blanche et du Pentagone, NBC News a rapporté vendredi dernier que le gouvernement Trump « préparait un ensemble d’actions diplomatiques et militaires contre la Corée du Nord, dont des cyberattaques et des opérations accrues de surveillance et de renseignement ».

Trump « envisageait sérieusement d’adopter des sanctions diplomatiquement risquées sur les banques chinoises faisant affaire avec Pyongyan » et « n’écartait pas le transfert d’armes nucléaires tactiques en Corée du Sud, si Séoul les demandait ». Le ministre de la défense de la Corée du Sud a suggéré la semaine dernière que les États-Unis pourraient installer des armes nucléaires tactiques en Corée du Sud.

Non seulement une telle démarche mettrait fin aux prétentions américaines de vouloir dénucléariser la péninsule coréenne, mais elle augmenterait grandement le danger de guerre nucléaire, par accident ou erreur de calcul.

Selon NBC, la Maison Blanche a examiné tout l’éventail des options, y compris une attaque aux armes nucléaires contre la Corée du Nord. L’article a déclaré : « Un premier usage d’armes nucléaires serait extrêmement agressif et manquerait de soutien dans le pays ou parmi les alliés internationaux, a déclaré le haut responsable du gouvernement ».

« Nous parlons de toutes sortes de choses folles que nous ne mettons jamais en œuvre », a déclaré le responsable à NBC. « Ensuite, vous savez pourquoi vous l’écartez ». Personne ne devrait accepter de telles assurances. Le fait même qu’une première frappe nucléaire contre la Corée du Nord soit discutée indique qu’elle est à l’ordre du jour. Le mantra constant de Washington selon lequel « toutes les options sont sur la table » montre que rien n’est exclu dans une attaque américaine contre la Corée du Nord.

NBC a également signalé que la Chine a averti les responsables du gouvernement Trump que, si les États-Unis frappent la Corée du Nord en premier, Pékin soutiendrait Pyongyang. Si la Corée du Nord frappe une cible américaine, cependant, cela « change tout », a déclaré un haut responsable du gouvernement. En d’autres termes, si le gouvernement Trump réussit à provoquer la Corée du Nord à faire une action militaire résultant de ses menaces et ses actions provocatrices, la Chine pourrait rester sur la ligne de touche.

Cette situation souligne l’imprudence extraordinaire du gouvernement américain. Alors qu’il se prépare à la guerre avec la Corée du Nord, le gouvernement américain sait très bien qu’il pourrait rapidement entrer en conflit avec la Chine, qu’il considère être l’obstacle majeur à la domination américaine mondiale.

(Article paru en anglais le 11 septembre 2017)