Les oligarques se réunissent à Hambourg

Par Alex Lantier
10 juillet 2017

Les événements du sommet du G20 cette semaine à Hambourg, en Allemagne, révèlent les deux conflits de base qui déchirent la société capitaliste contemporaine. Il y a la lutte intensifiée entre les cliques nationales de banquiers et de milliardaires concurrentes, et il y a la lutte croissante de la classe ouvrière internationale contre eux tous.

Alors que les dirigeants des 20 principales économies du monde se sont réunis à Hambourg pour se battre entre eux pour la division du butin extrait de la classe ouvrière, ils étaient complètement unis derrière la répression violente de l’opposition populaire à leurs attaques contre les niveaux de vie et les droits démocratiques.

Jeudi, alors que 100 000 personnes ont commencé à se réunir pour les manifestations de « Stoppez le capitalisme », la police a agressé une marche centrale de 12 000 personnes, en arrêtant beaucoup et en attaquant d’autres avec du gaz lacrymogène, des sprays au poivre, des balles en caoutchouc et des canons à eau.

Au moins 11 manifestants ont été hospitalisés avec des blessures graves, alors que des dizaines de milliers de policiers ont transformé le centre-ville de Hambourg en une zone de guerre où patrouillent des équipes de police de choc avec des armes automatiques. Les manifestants venus de Suisse, des Pays-Bas et de France ont été qualifiés d’« extrémistes de gauche » et refoulés par les autorités à la frontière allemande.

La répression brutale s’est accentuée vendredi.

Les responsables de la police justifient cette opération digne d’un État policier en soulignant les actes des émeutiers. Mais compte tenu de l’infiltration bien établie des organisations politiques par les organismes de police allemands, on peut supposer sans risque de se tromper que toute émeute qui s’est produite a été déclenchée avec la participation de provocateurs de la police chargés de créer un prétexte pour une agression massive par les forces de police. La grande majorité des manifestants sont restés pacifiques.

Les autorités en Allemagne et à travers l’Union européenne craignent la croissance de la colère sociale et l’émergence d’une humeur révolutionnaire chez les jeunes. Plus de la moitié des jeunes Européens ont déclaré à cette année dans un sondage parrainé par l’UE qu’ils pourraient rejoindre un « soulèvement à grande échelle » contre le système politique. Les autorités allemandes visent à terroriser non seulement les manifestants qui se rassemblent encore à Hambourg, mais aussi les rangs croissants de personnes qui s’opposent au système capitaliste.

L’opération de police à Hambourg expose le contenu politique et de classe de l’opposition de l’UE, de Berlin et de Paris au gouvernement Trump. Tout en se posant en partisans éclairés et anti-nationalistes de la démocratie et de l’environnement, les dirigeants européens pilotent une attaque violente contre les manifestants qui protestent contre les inégalités sociales. La suppression de l’opposition d’en bas est essentielle à leur tentative de défier les États-Unis pour la suprématie impérialiste.

Le fait que la répression à Hambourg ait lieu dans une ville dirigée par les sociaux-démocrates et les Verts souligne simplement que cette politique n’est pas celle d’une faction de l’élite dirigeante, mais de toute la classe capitaliste et de tous ses agents politiques.

Les chefs d’États réunis au G20 représentent une oligarchie capitaliste retranchée sur ses positions qui conduit le monde au désastre. Tous, y compris le banquier de Rothschild devenu le président français, Emmanuel Macron ; les représentants des oligarques qui ont émergé de la restauration capitaliste en Russie et en Chine, Vladimir Poutine et Xi Jinping ; les rois du pétrole saoudiens ; et le multimilliardaire Président des États-Unis – sont les bénis-oui-oui de Wall Street, de la City de Londres et des Bourses de Francfort et de Paris.

Les milliardaires qui constituent l’élite financière se sont enrichis massivement depuis le krach de Wall Street en 2008, lorsque leur spéculation criminelle sur le marché de l’immobilier américain a coulé l’économie mondiale, la faisant tomber dans sa pire crise économique depuis la Grande Dépression des années 1930. Avec le mépris de la montée de la détresse sociale et de la colère populaire, ils ont détourné des milliers de milliards de dollars des caisses publiques vers les Banques, les Bourses et leurs propres poches.

Les grandes puissances ont lancé le sommet du G20 en 2009 pour montrer leur unité supposée et célébrer leur succès dans la gestion du krach grâce à ces sauvetages bancaires. Dans le communiqué de son sommet de 2009 de Pittsburgh, le G20 a salué le transfert de sommes massives aux super-riches, en déclarants : « Cela a fonctionné […] Notre réponse énergique a permis d’arrêter le déclin dangereux et net de l’activité mondiale et de stabiliser les marchés financiers. »

Face à la révélation de la criminalité institutionnelle qui a appauvri des milliards de personnes dans le monde entier, les politiciens bourgeois ont relevé les sauvetages de banques et l’établissement du G20 comme preuves de la viabilité historique du capitalisme. « La crise du capitalisme financier n’est pas la crise du capitalisme […] La crise du capitalisme appelle sa moralisation et non sa destruction », a déclaré le président français Nicolas Sarkozy, alors que l’ancien Premier ministre social français Michel Rocard avait salué le capitalisme comme le système social le plus « compatible avec la démocratie ».

Les guerres et les troubles financiers de la dernière décennie ont démenti les défenseurs du capitalisme. Les sauvetages d’entreprises n’ont pas freiné l’effondrement industriel ni empêché les crises financières futures. Au contraire, ils ont consolidé une aristocratie internationale dont les privilèges s’appuient sur des niveaux vertigineux d’inégalités sociales. En 2017, la richesse des huit milliardaires les plus riches du monde dépasse celle de la moitié de la population mondiale.

Au cours de la même période, la lutte entre les classes dirigeantes sur la répartition de la richesse mondiale s’est intensifiée jusqu’au point de conflits mondiaux tous azimuts. Avec les conflits politiques et géostratégiques qui opposent ouvertement les grandes puissances, qu’il s’agisse d’ennemis ou d’« alliés », le sommet de Hambourg est sur le point de se conclure sans parvenir à un accord sur un communiqué final. La débâcle actuelle peut très bien être la dernière réunion de ce genre.

À la veille du sommet, Washington a réitéré son rejet de l’accord climatique de Paris face aux protestations des responsables européens et asiatiques, tandis que Trump et le président chinois Xi Jinping ont chacun organisé une tournée européenne indépendante et en concurrence avec l’autre. Trump a prononcé un discours à Varsovie pour soutenir le régime anti-UE d’extrême droite de la Pologne alors même que Xi a négocié à Berlin pour consolider les liens économiques entre l’UE et la Chine.

Vendredi, Trump et le président russe, Vladimir Poutine, ont eu une réunion sans grand résultat, acceptant encore un cessez-feu instable dans le sud de la Syrie, où l’OTAN et les forces russes ont souvent été à deux doigts de l’affrontement. Cependant, ils n’ont pas réussi à parvenir à un accord sur le face-à-face des forces militaires américaines avec une Corée du Nord qui dispose d’armes nucléaires et qui a des frontières communes avec la Russie et la Chine. Après que les deux se sont rencontrés, les commentaires de la presse américaine se sont rapidement concentrés sur des allégations incendiaires de piratage russe des élections américaines.

Des conflits explosifs entre les puissances du G20 existent dans pratiquement tous les coins du globe, y compris l’affrontement actuel entre les troupes indiennes et chinoises pour un territoire contesté dans le Royaume du Bhoutan dans l’Himalaya. Les conflits les plus déstabilisants, cependant, sont peut-être les menaces croissantes de guerre commerciale entre les États impérialistes au cœur du système financier mondial.

Après que Trump ait menacé l’UE d’imposer des tarifs douaniers sur ses exportations d’acier aux États-Unis, les responsables de l’UE ont indiqué qu’ils préparaient une liste de tarifs douaniers de rétorsion sur des produits américains. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a commenté : « Nous sommes prêts à prendre les armes si nécessaire ».

Des expériences amères comme les manifestations de Hambourg poussent la classe ouvrière, à travers l’Europe et dans le monde entier, sur la voie de la révolution socialiste mondiale. L’oligarchie financière ne peut pas être réformée. La seule voie à suivre est une politique véritablement révolutionnaire, mobilisant la classe ouvrière en lutte pour un assaut direct contre la classe capitaliste, dans le but de confisquer ses fortunes obscènes, lui retirer le contrôle des grandes banques et entreprises, et les placer sous le contrôle démocratique des travailleurs.

(Article paru d’abord en anglais le 8 juillet 2017)